Mon séjour à la Fondation des Treilles, à Tourtour dans le Var, vient de s'achever.

Ça a été deux mois magnifiques, avec beaucoup d'avancées littéraires, de rencontres intellectuelles et de bouleversements divers. Le lieu, avec son cadre méditerranéen d'oliviers, de cyprès et de pins, est de toute beauté, et les personnes qui travaillent ici sont fantastiques, une disponibilité et une gentillesse absolues, bref de quoi travailler au-delà de ce qui paraissait possible avant.

Voici un court extrait de mon journal de résidence :

"28.III.2015

Tout à l'heure, en me promenant dans le silence et le calme du samedi, j’ai soudain croisé un chevreuil. Il était au bas à flanc de coteau et j’arrivais sur la route proche, il a bondi pour grimper, seule voie libre pour lui, mais la pente était si raide qu’il s’est arrêté au bout d’un bond et s’est retourné pour voir qui j’étais. Dès la seconde où il avait bougé en me tournant le dos pour grimper, je m’étais figé et je suis resté immobile. Alors le chevreuil, magnifique, a regardé dans ma direction il a plongé ses yeux dans les miens mais j’étais absolument immobile et je l’observais. Je l’admirais. Il était si beau, si libre, avec son poil roux, ras, ses minuscules bois sur la tête, ses pattes fines, ses flancs musclés, la majesté de sa tête, ses yeux, son cou, on aurait dit une grande antilope. Je l’ai regardé longuement pendant qu’il me regardait lui aussi, ne parvenant pas à voir un danger dans ce qui n’était qu’un bloc fixe avec un blouson vert clair et des lunettes de soleil, une statue de marbre patinée par le temps, recouverte par la mousse et la poussière des saisons passées. Je savais que si je bougeais le chevreuil partirait et je ne pourrais plus m’extasier devant sa beauté et sa liberté, je savais que si je trahissais mon admiration par le moindre mouvement, aussi humain et aussi sincère soit-il, il bondirait et disparaîtrait. Mais j’ai dû finir par bouger, je ne suis pas une statue, je ne suis pas un mort, et le chevreuil s’est enfui, grimpant en deux sauts extraordinaires le reste de la pente et disparaissant sous les arbres."