Lecture d'un livre surprenant sorti pour la rentrée littéraire : Mon âge de Fabienne Jacob (Ed. Gallimard, 165 p., 16,90 €).

C'est une méditation sur le temps appliqué au corps, mais présentée sous la forme d'une narration des souvenirs d'une fillette d'une dizaine d'années puis d'une femme d'un âge non défini et qu'elle ignore largement (elle cherche longuement la réponse quand une infirmière le lui demande). Le tout magnifiquement écrit et construit, avec beaucoup d'allégresse, de détachement, une sorte de stoïcisme épicurien, de taoïsme peut-être même. Très belles scènes de nature (la forêt, notamment) et omniprésence du corps ressenti et compris. Un livre complètement imprévisible écrit par un esprit libre. À lire et relire. 

Extraits :

"J'approche encore mon visage de la glace, scrute ma peau, les plis autour de mes yeux, de ma bouche, la petite ride verticale entre les deux yeux. Toi-même qui t'es fait ça, personne d'autre." (...)

"la forêt est un surgissement et un bruissement, une cage verte pleine de craquements, de griffures, rayures, un pas devant l'autre, on progresse seulement si les obstacles on sait en faire des alliés" (...)

"les groseilliers et les framboisiers, occupés nuit et jour à fabriquer du rouge" (...)

"On comprend mal comment est rangé le bric-à-brac de la mémoire." (...)

"On croit que la vie va toujours être comme ça, dilatée comme un long soir d'été qui fait reculer la nuit jusqu'aux confins de minuit."