Ma résidence d'auteur à la Maison Julien Gracq, en partenariat avec Écla, vient de s'achever.

J'ai donc passé le mois de septembre à Saint-Florent-le-Vieil, dans la maison qu'a occupé toute sa vie Julien Gracq et qu'il a légué à la commune en demandant expressément qu'elle n'abrite pas un musée mais au contraire un lieu de résidence pour les auteurs. Grâce à sa situation en bord de Loire et grâce à l'organisation sans faille de la directrice de la maison, Cathie Barreau, et son assistant Etienne B., et même si la comparaison entre les différents lieux est difficile, la Maison Julien Gracq est, parmi toutes les résidences que j'ai fréquenté jusqu'ici, une des plus confortables et propices au travail.

On marche longuement au bord de la Loire, sur un chemin auquel la commune a donné le nom du romancier, on croise les "plates", ces barques à fond plat, ou les "gabarres", ces petits bateaux de marchandise, et aussi les pêcheurs, parfois plus immobiles que des pierres, ainsi que les hérons cendrés qui lentement vont et viennent d'une rive à l'autre. On escalade les rues jusqu'au Mont-Glonne qui au sommet de la ville abrite l'abbaye mauriste dans laquelle un centre culturel, un amphithéâtre, un cinéma, des salles et des salles d'exposition de conférences, ont remplacé les religieux. On redescend, on fait quelques courses à l'hypermarché en limite de ville, puis retour pour lire dans un des immenses appartements ou un des grands bureaux de travail avec canapé qui fait face à la Loire. Le soir, pas un bruit, et la commune de Saint-Florent est si paisible qu'elle éteint ses éclairages publics à 23h, de sorte que si on renverse la tête vers le ciel on voit de ses propres yeux, enfin, après des années de grande ville aveuglante, le velours de la Voie Lactée au milieu d'une voute remplie de milliards d'étoiles. Si l'écriture c'est des vacances, alors ici on passe de très grandes vacances.

Voici un court extrait de mon journal de résidence :

"09.IX.2014

Ce matin, écriture (lente). Cet après-midi, j'ai été marcher sur la Promenade Julien Gracq au bord de la Loire. J'étais à peine parti que je suis tombé sur une cinquantaine de personnes âgées en fauteuils roulants poussée chacune par un accompagnateur du même âge mais valide. Curieusement, ils avançaient à un bon rythme et j'ai dû vraiment forcer le pas pour pouvoir les dépasser. La promenade est assez longue mais finit par s'éloigner progressivement de la Loire pour la longer en parallèle à dix mètres de distance. Je me suis arrêté une ou deux fois pour prendre des photos et observer attentivement le paysage et aussitôt des bruits de conversation sont réapparus au loin et j'ai vu que les fauteuils roulants se rapprochaient à nouveau. Je devais repartir si je ne voulais pas être absorbé par cette petite foule. Déjà, tout à l'heure, en les dépassant, je m'étais retrouvé au milieu de toutes ces personnes âgées et j'avais remarqué comment ils m'avaient tous dévisagé avec surprise, se demandant qui j'étais et ce que je faisais parmi eux. Enfin, au bout de la promenade, je suis arrivé sur une route départementale peu fréquentée par les voitures et j'ai atteint presqu'aussitôt la commune de Notre-Dame du Marillais, qui jouxte Saint-Florent. Il y a là une église curieuse dont le clocher et la façade sont rayées de bandes horizontales sombres, comme le sont je crois les églises orthodoxes, et qui la fait ressembler à une grande guêpe de pierre."