Lecture du surprenant livre de Zoé Bruneau, En attendant Godard (Ed. Maurice Nadeau, 143 p., 12 €).

La comédienne Zoé Bruneau raconte, sur le mode du journal, sa rencontre avec Jean-Luc Godard, d'abord pour un casting, puis ensuite, après plusieurs péripéties et hésitations du cinéaste, pour le tournage du film Adieu au langage (sorti en salles en mai 2014).

J'avais acheté ce livre par curiosité pour Godard, et en découvrant la première page j'avais pensé que l'ouvrage ne m'intéresserait pas d'un point de vue littéraire. Pourtant, sans que je m'en rende compte, phrase après phrase et page après page il s'est passé quelque chose, et je me suis retrouvé en quelques heures au milieu du livre, et fasciné, non pas seulement par ce qui est raconté sur Godard, mais surtout par ce que Zoé Bruneau écrit sur elle-même, et surtout comment elle l'écrit.

Il y a dans ce livre un souffle particulier, une complète sincérité, une finesse d'analyse (voir notamment, le 19 juin 2013, la scène violente tournée avec son partenaire Richard, et comment Zoé Bruneau met à jour une sorte de schizophrénie chez les acteurs), et tout du long une grande sensibilité.

À un moment du récit, Jean-Luc Godard dit à son actrice, juste avant de commencer à tourner : "Ayez le feu intérieur", puis il constate à la fin de la prise : "Vous l'avez, le feu intérieur !". Zoé Bruneau a communiqué son feu aux lettres, c'est une chose si rare.

Extraits :

"J'ai peu connu de si fort sentiment de joie.
Je ris dans les escaliers.
Je ris dans la rue.
Je ris à la gare (où je suis très en avance).
Et puis je lis. C'est d'une richesse ahurissante. Il y a tout. Pages de gauche le texte, pages de droite, des collages d'images, de ce qu'il imagine." (...)

"C'est une relation sensuelle, c'est évident, mais il n'y a pas ici de place pour la vulgarité. Ce qui prime, c'est la bienveillance. Cet homme me regarde avec affection, exigence, envie, complicité, excitation parfois, mais, oui, surtout avec bienveillance."