Départ de Puebla en car vers México. Sur la route, forte pluie au moment où nous traversons la Sierra Madre au nord du Popocatépetl, première fois où je ressens la menace des éléments au Mexique, pays dont la nature m'a semblé jusqu'ici la plus pacifique du monde. Il fait très sombre et la pluie se dresse tout autour du car comme un rideau épais, en quelques heures nous avons changé de monde.

Le car roule sur une large autoroute percée au milieu de cols, je n'ai pas souvenir que nous ayons emprunté des tunnels, mais nous avons monté beaucoup, et México et Puebla se situant toutes deux à 2200 mètres d'altitude, je suppose que lors du passage au sommet nous sommes assez haut, peut-être à plus de 3000 mètres (le Popocatépetl, plus au sud, culmine à 5426 mètres). Pourtant, aucune impression de difficultés, ni pour le tracé de la route, ni pour sa circulation dense de camions et de voitures particulières, la montagne et l'altitude ne posent pas de problèmes au Mexique, les cars et les routes enjambent les sommets, les populations construisent leurs maisons en terrasse sur les pentes des collines, et les villes s'installent au pied des volcans en activité et entre des tremblements de terre fréquents, le tout dans une apparente insouciance (quelques panneaux "¿Que hacer en sismos?" dans les bars, mais rien à voir avec les plans d'évacuation affichés dans chaque rue du Japon, autre monde une fois encore).

À l'arrivée dans le DF, il fait à nouveau beau, grand soleil et chaleur printanière. Même si j'ai beaucoup aimé Puebla, je retrouve la mégalopole avec un immense plaisir, je me nourris de l'énergie des villes immenses, Paris et ses 10 millions d'habitants est une bourgade (où l'on parle certes français et où presque tous mes amis vivent), México avec ses 22 millions commence à être intéressante, Tokyo et ses 38 millions d'habitants est comme le paradis (et malgré mon visage de pauvre "gaijin" (étranger), j'y vivrai peut-être un jour). Arrivée au terminal Observatorio, taxi, retour à l'hôtel quitté il y a une semaine, où je retrouve toutes mes habitudes. Déjeuner au lieu habituel, un festin pour 118 pesos.

Je vais acheter quelques souvenirs et cadeaux, notamment des objets d'artisanat dont une boîte de bois peinte et représentant des animaux fantastiques. En revenant, je réalise que tout près de l'hôtel se trouve le quartier chinois de México. Lampions, sinogrammes, chiens de pierre, joie soudaine de voir l'Asie apparaître ici, complètement imprévisible au milieu de la frénésie sud-américaine.

Retour à l'hôtel tôt dans l'après-midi et sieste, encore deux jours au Mexique, et comme toujours à la fin des séjours lointains, je suis comme usé par tout ce que j'ai vu, on dirait que mon cerveau est plein, que je ne peux plus rien engranger de nouveau, à moins que ce soit, comme pour le Japon, les prémices d'une acclimatation, rester ici et vivre ici, manger et parler espagnol, oui mais ma langue d'écriture et celle de ma naissance restera le français et le français c'est à Paris qu'on l'écrit, du moins qu'on le publie.

Le soir, avant d'aller dîner, je regarde à la télévision la rediffusion d'un "Indiana Jones", dont le héros s'est soudain mis à parler en espagnol, comme tous les autres acteurs du film, et cela fonctionne à merveille, folie et beauté mêlés, c'est purement mexicain. Dîner rapide, consomé de pollo avec son aqua minerale, une part de pastel de elote comme dessert, buenas noches, coucher et sommeil de plomb.