Ce matin, je quitte l'hôtel le ventre vide et vais prendre mon petit déjeuner dans un de ces restaurants de Puebla spécialisés dans les desayunos. Leur carte est longue, le choix immense, je décide de commander le "Energético", qui d'après son descriptif comprendra, outre la brioche : un yaourt, du muesli et des fruits. Mais j'avais dû mal lire le menu car le ET signifiait que tous ces ingrédients étaient été mélangés et on m'amène une sorte de petite montagne qui contient tout à la fois. C'est un peu étrange et vraiment très copieux. Les jours suivants je me contenterai d'une brioche, un jus d'orange et une part de gâteau. Comme m'a dit une amie française, au Mexique on ne meurt jamais ni de soif ni de faim.

Je continue de visiter la ville, toujours en partant de son Zócalo devant lequel trône l'incroyable basilique Nuestra Señora de la Inmaculada Concepción. On m'explique que ses extérieurs ont été entièrement restaurés récemment, notamment elle a été repeinte, et le résultat est magnifique, rouge sombre sur le bleu éclatant du ciel matinal. Encore et toujours cette impression de vivre au milieu d'une malle aux trésors et sous un climat rêvé.

En fin de matinée, je pars en taxi pour un rendez-vous à Cholula, en banlieue de Puebla. C'est un endroit incroyable, on m'a expliqué que les conquistadors n'y avaient vu qu'une étrange colline très pentue et qu'ils avaient construit une église au sommet de ce qui était en réalité une pyramide ensevelie, la plus grande pyramide pré-hispanique.

On voit la colline lieu de loin en arrivant, mais bien sûr, seule l'église apparait, la Grande Pyramide reste cachée. J'ai apprendrai quelques jours plus tard qu'une partie de la pyramide a été restaurée sur l'arrière et qu'on peut en gravir quelques marches, dommage que j'ai raté ça.

La grande animation mexicaine ne faiblit pas et quand je dois rejoindre les amis pour déjeuner dans un restaurant (appelé La Casa de Frida parce que peint en bleu), nous nous retrouvons à nouveau pris dans la musique. Et quand je dis pris, c'est pris, à tue-tête. Cela confirme une anecdote qu'un universitaire français installé ici depuis quarante ans me raconte ensuite : quand il arrive au Mexique, un vieil ami mexicain l'accueille, ils décident d'aller manger un morceau dans un des meilleurs restaurants de la ville, et au moment d'entrer dans les lieux, l'ami se retourne vers lui et lui annonce gravement : "Si tu as quelque chose d'important à me dire, dis-le maintenant, parce qu'ensuite une fois à l'intérieur on ne pourra plus s'entendre." Précisément, dans notre restaurant nous remarquons dès notre arrivée qu'un orchestre est installé sur une scène et joue à un niveau sonore élevé, donc nous allons nous asseoir à l'opposé, au bout de la salle. Tout va bien pendant une demi-heure, puis l'orchestre s'arrête, remballe ses instruments, et alors nous voyons arriver vers nous un second orchestre qui s'installe juste face à notre table, où se trouvait une seconde scène que nous n'avions pas vue, et le second concert commence. La musique est plutôt bonne mais c'est tellement fort que nous ne pourrons discuter qu'en nous approchant l'un de l'autre et en criant, et cela nous fait beaucoup rire, c'est le Mexique.

Plus tard, nous allons prendre un dernier verre en terrasse sur le Zócalo de Cholula, et à nouveau des musiciens ambulants viennent jouer de la guitare et chanter devant chaque table, une par une, récital puis quête. Le silence, au Mexique, est souvent un bien rare. Depuis le Zócalo, on a une vue incroyable à la fois sur la Grande Pyramide lointaine, et sur l'église San Pedro toute proche et entièrement peinte en ocre clair. Il ne manque que le volcan Popocatépetl, mais il est dans la brume, et du reste on n'en parle pas trop, son activité s'étant réveillé la semaine précédente jusqu'à recouvrir toute la région de cendres, mieux vaut ne pas prononcer son nom.

Retour à Puebla et dîner rapide dans un petit restaurant sous les portales devant le Zócalo. Grande animation dans le quartier le soir, les voitures tournent lentement autour de la place comme pour un défilé, une parade, voitures décapotables ou pickups, véhicules de police rutilants avec leurs gyrophares rouge et bleu éblouissants qui clignotent en permanence, motos, taxis, c'est une sorte de paséo à moteurs devant les promeneurs et les clients attablés aux tables sous les arcades et au milieu de la place.