Bizarrement, alors que l'hôtel est plutôt luxueux, et pour la première fois au Mexique, le petit déjeuner est maigre et même désespérant. Malgré tout, sortie et longue balade dans la ville, notamment dans tout autour de l'hôtel dans le quartier du Marché aux Puces (Los Sapos), avec ses petits immeubles colorés, souvent avec deux tons. Je vois des maisons aux façades vertes avec fenêtres blanches, violettes avec fenêtres jaunes, et grenats, ocres, bleu électrique, toute la palette imaginable, et toutes fraichement repeintes. La plupart abritent des restaurants avec cour intérieure, ou des magasins d'artisanat, de vêtements, de décoration, de meubles, souvent assez chics (des amis mexicains me diront d'ailleurs plus tard qu'ils trouvent que Puebla est devenue une ville "bourgeoise").

Ensuite, direction le Barrio del Artista, le quartier des artistes, un ensemble de petites arcades orange et blanc, avec là encore des boutiques d'artisanat. Plus loin encore, je tombe sur une placette où il y a de nouveau une sorte de marché, et au milieu une fontaine avec la statue peinte d'un frère dominicain debout les pieds dans l'eau et qui regarde désespérément vers le ciel, et il semble à la fois chez lui, puisque tout ici a une apparence esthétique européenne et catholique, et complètement abasourdi, comme si sa place et son rôle dans le Nouveau Monde pouvait être folklorique, dépaysante, mais ne deviendrait jamais réelle, ou du moins importante au sens de la vie et la mort.

Enfin, j'arrive sur un grand espace ouvert et je découvre l'église San Francisco, sans doute le plus bel édifice rencontré jusqu'ici au Mexique. Sa façade orange, entourée de clochers jaune, est décorée de quatorze plaques rectangulaires de faïences bleutées (les talaveras ou azulejos de Puebla). C'est totalement provocateur, inattendu, un éclair de folie géniale au milieu de la folie barbare des conquérants espagnols.

Passée l'église San Francisco, les espaces sans voitures diminuent et je comprends que le centre historique de Puebla est entouré d'une ceinture d'embouteillages. La ville fait au total deux millions d'habitants, ce qu'on oublie quand on reste dans les avenues entourant le Zócalo, où les aménagements faits pour le classement UNESCO ont écarté les voitures et donné la priorité aux piétons (phénomène UNESCO déjà observé dans le centre historique de Bordeaux).

Ballade ensuite dans un grand parc avec une végétation foisonnante et encore beaucoup de palmiers. Au bord du parc a été construit une sorte de complexe culturo-commercial moderne qui me semble assez réussi, puis en suivant les panneaux je retrouve mon chemin jusqu'à la cathédrale et l'hôtel où j'arrive épuisé.

Quelques minutes après mon retour, il se met à pleuvoir, long orage avec éclairs, et je crois que c'est la première fois depuis que je suis au Mexique que je vois de la pluie en plein jour. Dîner dans un petit restaurant en face de l'hôtel, portes et fenêtres ouvertes sur la grande salle alors que la pluie continue de tomber en déluge dans la rue, fraîcheur et odeur soudaines du sol mexicain détrempé.