Des amis francophones m'emmènent à 60 km de Morelia, sur le site de Tzintzuntzan, dont la sonorité du nom me charme immédiatement. C'est un lieu très important, la capitale de ce qui était l'empire du peuple purépecha, et la femme qui nous sert de guide, très belle, est elle-même purépecha.

Il ne reste de la Tzintzuntzan ancienne que cinq pyramides rondes (des yacatas), pour parties détruites. Elles sont aussi impressionnantes que toutes les pyramides, mais leur rotondité ajoute une grande douceur encore augmentée par la situation géographique : la ville ancienne a été édifiée sur les collines qui entourent le lac de Pátzcuaro et la vue est incroyable. Malgré le soleil au zénith la chaleur reste supportable car il souffle un grand vent presqu'océanique sans doute alimenté par la topographie particulière des lieux.

Les pyramides rondes se trouvent au bord d'un parc assez extraordinaire, planté de jacaranda, des arbres typiques de l'Amérique du sud et qui sont, comme souvent au Mexique, recouverts de chaux à leur base, et les troncs blancs prennent ainsi une majesté inhabituelle, ils semblent avoir chaussé des bottes de parade. Et partout le sol est jonché des fleurs couleur violette des jacaranda, c'est magnifique. L'espace de quelques minutes je me crois arrivé au ciel, me promenant sur les sentiers du paradis.

Nous restons un long moment à l'ombre des arbres puis descendons vers la ville de Pátzcuaro. Nous nous arrêtons sur la route près d'un village, devant un petit cimetière aménagé à flanc de colline, avec des tombes colorées, puis plus loin un marché de produits artisanaux destiné en priorité aux touristes. Il y a peu de monde, comme tout à l'heure près des yacatas, le climat social n'est pas bon, les problèmes de sécurité font hésiter les étrangers (le Michoacán était d'ailleurs, au moment où je suis parti de France, noté par le Quai d'Orsay comme "déconseillé sauf raison impérative" aux ressortissants français - couleur orange -, il passera quelques mois plus tard en couleur rouge : "formellement déconseillé"). Pourtant nous n'avons aucun problème, je ne vois rien d'inquiétant et ne ressens à aucun moment une impression d'insécurité.

Arrêt plus loin, dans un village de pêcheurs, au bord du lac, le long du grand arc de cercle formé par l'immense étendue d'eau, avec Tzintzuntzan au nord et Pátzcuaro au sud. Déjeuner de petits "pescados blancos", des minuscules poissons blancs qui sont frits dans l'huile et assaisonnés de citron vert, c'est divinement bon. Visite ensuite de la ville de Pátzcuaro elle-même, notamment de ses arcades et sa place centrale, puis ensuite de plusieurs lieux, dont la Casa de los Once Patios, un ancien couvent de dominicaines composé d'une succession d'escaliers et de patios et qui accueille aujourd'hui des magasins d'artisanat.

Au retour, en fin d'après-midi, nous revivons l'expérience de l'aller : à vingt kilomètres de Morelia, énorme embouteillage. Ce n'est pas un accident : ce sont encore les forces spéciales fédérales, vêtues de treillis noirs, avec casques, cagoules et fusils mitrailleurs en bandoulières, qui cette fois arrêtent les voitures une par une et les fouillent. Un militaire se penche à la vitre et examine rapidement les occupants de notre véhicule, il m'identifie sans doute comme touriste et nous fait signe de redémarrer. On m'explique que la sortie et l'entrée dans la ville de Morelia sont filtrées pour sécuriser la capitale de l'État du Michoacán. Pourtant, l'emblème de cet État si beau est le plus pacifique des animaux, qui figure également sur toutes les plaques minéralogiques : le Monarque, un extraordinaire papillon orange et noir, aussi grand que la main.