Aujourd'hui je quitte México pour quelques jours, direction le Michoacán et sa capitale Morelia. Au Mexique il n'y a pas de trains, tous les déplacements se font en car (ou en avion). Dans chaque ville il y a une ou plusieurs gares routières appelés "terminal" et dans le DF celui qui dessert le Michoacán est le terminal Observatorio. Situé au milieu d'un quartier populaire, le complexe ressemble un peu à un aéroport avec les énormes cars qui sont garés en étoile autour des salles d'attente.

On m'a conseillé de prendre les compagnies haut de gamme dont le prix reste abordable pour un touriste européen. Une fois le billet acheté, sans réservation (des cars partent toutes les demi-heures), je passe un contrôle de sécurité comme pour prendre l'avion, rayons X et portique détecteur de métaux, vider les poches, etc. Mais au moment de monter dans le car, à nouveau chaque passager subit une palpation de sécurité devant les marches du véhicule. Les agents de sécurité sont nombreux et nerveux, on se croirait vraiment dans un aéroport. Alors que tout le monde a embarqué et que le chauffeur s'apprête à démarrer, un agent de la compagnie monte et passe dans l'allée en braquant une mini caméra devant chaque passager pour le prendre en photo. Bizarre ambiance. Des amis du Michoacán à qui je relaterai la scène m'expliqueront ensuite, avec un haussement d'épaule, que c'est normal parce qu'il y a parfois des détournements et des enlèvements.

Le car est très confortable, avec connexion wifi (probablement fournie par satellite), et télévision individuelle, ainsi qu'un plateau repas sommaire mais correct (sandwich, boisson, dessert). Il n'y a que trois sièges par rangée et on peut les incliner presqu'à l'horizontale. Le voyage dure 4h20, le car roule prudemment mais trace sa route imperturbablement, c'est long mais confortable, grands paysages arides mais jamais totalement désertiques, plantations de cactus nopal, autoroute moderne, péages sécurisés par l'armée (treillis, fusils mitrailleurs et gilets pare-balles), montagnes, lacs, petits villages aux constructions inachevées, réservoirs d'eau sur les toits.

Le terminal de Morelia est à l'extérieur de la ville, à nouveau taxi vers le centre historique et découverte de cette magnifique ville coloniale, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. On m'explique qu'il y a de gros problèmes de sécurité dans l'État du Michoacán et que l'activité économique, touristique et culturelle s'en ressent beaucoup, et en effet plusieurs commerces sont fermé et on voit passer de temps à autres des camions bâchés remplis de militaires, circulant par convois de deux ou trois. Le climat malgré tout reste vivable, beaucoup de vie sous les arcades face à la magnifique cathédrale, spectacles, fêtes, musique partout le soir, énergie mexicaine.

J'ai l'impression de me trouver dans une sorte d'Espagne sous les tropiques. Tous les bâtiments du centre historique sont construits dans une pierre beige-rose très douce au regard, la plupart datent du XVIe siècle, la ville ressemble à un écrin. Dans la rue principale, je manque de me casser la jambe en descendant sur la chaussée pour traverser car les trottoirs sont d'époque et dressés à cinquante centimètres de la route. Je manque aussi plusieurs fois de me faire écraser par des véhicules car les automobilistes de Morelia conduisent aussi vite que ceux du DF. Dîner sous les arcades devant la cathédrale, dans un restaurant aux plats délicieux, avec un service absolument impeccable, comme toujours au Mexique.

Le soir, il y a une grande fête organisée pour l'anniversaire de la cathédrale et un spectacle son et lumière centré sur sa façade, c'est superbe, réglé comme du papier à musique et le tout se conclut par un grand feu d'artifice sous une musique religieuse classique diffusée à tue-tête tout autour. Comme ma chambre d'hôtel est située au dernier étage, juste en face et à la hauteur des cloches, je m'endors sous les lumières et les sons. La folie mexicaine continue, malgré les menaces partout c'est toujours une fête permanente. En revenant dans ma chambre après dîner, j'ai accroché à la poignée extérieure de la porte la pancarte "Ne pas déranger" qui propose cette variante : "Soñadores trabajando, favor de regresar más tarde", Rêveurs en plein travail, merci de revenir plus tard. Tout est dit.