Aujourd'hui, direction Chapultepec, pour une seconde visite de l'immense Musée National d'Anthropologie à peine découvert l'autre jour et aussi le parc tout autour, El Bosque de Chapultepec.

Alors que la ville de México est étouffante, embouteillée, plus ou moins anarchique et par endroit délabrée et sale, le parc de Chapultepec est une espèce de vaste paradis. Je repense immédiatement aux jardins traditionnels à Tokyo, îlots de nature encerclés par les constructions. À Chapultecpec, il y a d'abord les arbres, la profusion botanique du Mexique, les grands palmiers, les sapins, les feuillus, la fraicheur qu'ils procurent, et ensuite il y a ce lac en demi-cercle qu'une promenade longe, avec des bancs pour s'asseoir et lire, ou seulement contempler, ou même pourquoi pas dormir, tant ici on en oublie l'insécurité (peut-être à tort, je ne sais pas, même si je n'ai pas vu trop de vigiles armés, juste un ou deux gardes à l'entrée du parc), et des pédalos si on veut aller sur l'eau. Au-delà du lac et derrière la ligne des arbres, on aperçoit plusieurs buildings de 30 ou 40 étages, avec souvent au sommet un hélicoptère stationné. Beaucoup d'amoureux se promènent autour du lac, impression de grande liberté, de douceur de vivre, de lenteur et de silence, et c'est une des premières fois que j'éprouve ce sentiment à México.

En m'éloignant du lac, à l'ombre sous les arbres, je croise un écureuil, très différent de ceux que l'on rencontre dans le sud-ouest de la France. Il n'est pas roux et poilu, il est gris avec un poil très ras, de toutes petites oreilles, une grosse tête et une queue comme un plumeau. Il s'approche, il n'a pas peur, il est presqu'apprivoisé, il a l'habitude qu'on lui donne à manger, il se dresse sur ses pattes arrière, les deux petites billes noires qui lui servent d'yeux me scrutent longuement, il attend de longues secondes, puis voyant que je n'ai rien à lui donner à manger, il s'enfuit et grimpe dans le premier arbre.

Le parc abrite un grand jardin botanique avec toute les sortes de cactus du pays, je les examine de près un à un, ils occupent de grands parterres, leurs noms sont inscrits en latin et je peine un peu à m'y retrouver, mais tous sont très impressionnants et encore plus beaux qu'ils ne sont menaçants. Trois ou quatre fois je vois passer autour de moi des papillons géants, tout jaune et grands comme la paume de la main.

Un peu plus loin, je découvre une longue serre de verre du XIXe siècle, aux formes arrondies, comme un tuyau transparent à-demi enterré au milieu des arbres. À l'intérieur, des grands ventilateurs accentuent encore la chaleur et protègent des orchidées et d'autres fleurs et plantes trop fragiles pour survivre à l'air libre. Dans un petit bassin de mosaïque bleue baignent des grandes tortues plates qui semblent endormies depuis des années, même si au bout d'un moment elles font quelques petits mouvements paresseux.

Je me dirige ensuite vers le Musée National d'Anthropologie, pour une deuxième visite, cette fois-ci je fais les étages des mayas et des peuples du nord du Mexique. Déjeuner ensuite dans le très satisfaisant restaurant du Musée, sur la terrasse ombragée où ici encore quelques écureuils viennent très près des humains pour essayer de récupérer quelques restes.

J'essaie de faire à nouveau quelques salles pour emmagasiner un peu de cette énergie si puissante et si mystérieuse, typiquement mexicaine et complètement insaisissable, mélange de toutes les immenses civilisations amérindiennes détruites par l'invasion espagnole et pourtant toujours vivantes. Ici, tout le monde parle espagnol mais ce n'est qu'une sorte de façade, un vêtement sur un corps qui lui reste indien et dans la continuité d'une quête millénaire.

Au retour vers l'hôtel, il est environ cinq heures de l'après-midi et mon taxi reste bloqué dans les embouteillages. Je mets deux heures à rejoindre Bellas Artes, véhicules à l'arrêt, chaleur pesante, bouteille d'eau N° 1 vide, bouteille N° 2 entamée aux trois quarts. Je dors un peu, puis vers 21h dîner dans l'hôtel d'une soupe, mon repas habituel maintenant : consomé de pollo. Travail sur le carnet, puis coucher et sommeil malgré le brouhaha de fiesta des karaokés du quartier.