En sortant de l'hôtel, je décide d'aller visiter le Palais Bellas Artes, tout proche et dont l'entrée est gratuite chaque dimanche. C'est un bâtiment datant des années 1920, avec un intérieur de style Art Déco jusqu'à l'excès. L'aspect extérieur me plait davantage que l'intérieur, mais les lieux sont tout de même remarquables. Il y a dans les étages une grande exposition d'art contemporain sur le thème des paysages qui est assez incroyable dans les œuvres et la diversité du choix, très loin de ce qu'on voit en Europe, bien plus frais, neuf et intelligent. La mise en place des installations et des tableaux est irréprochable, je reste notamment impressionné par une vidéo de grands arbres bougeant sous le vent. J'apprends beaucoup.

En début d'après-midi, je prends un taxi pour aller visiter le grand musée de México : le Museo Nacional de Antropología de Chapultepec. En arrivant, aux abords du musée, il y a un attroupement et une forte musique traditionnelle faite de flutes et de tambours, et des hommes se balancent dans le ciel accrochés par les pieds à un mat : ce sont des voladores. Ils effectuent une danse ancestrale qui consiste à grimper au sommet d'un mat puis tourner tout autour, suspendus la tête en bas. Je ne sais pas comment ils font pour rester conscients, c'est un rituel inouï. Ils tournent et leurs corps se détachent sur le ciel et les grands immeubles ultra-modernes de la banlieue chic de México. Une nouvelle fois, le Mexique pré-colombien balaie en une seconde l'apparente prééminence hispanique, nous sommes encore et toujours dans le monde aztèque dont les dieux sont partout.

Le Musée d'anthropologie est un long bâtiment contemporain construit en 1964, avec des volumes immenses et dans le patio central une fontaine en forme de parasol haute d'une vingtaine de mètres. Plus loin il y a des jardins en terrasse avec tout autour les bâtiments abritant les salles, classés par époques et par civilisations. Le tout est très bétonné et assez daté mais le contenu des salles sauve le tout.

L'endroit est une sorte de Louvre amérindien, et aussi épuisant que son cousin parisien. Je suis très impressionné par des centaines d'objets, mais particulièrement par la Pierre du soleil, énorme, presque trois mètres de diamètre, qui représente la cosmogonie aztèque, sculpté au XVe siècle, découverte fin XVIIIe lors de fouilles en plein centre de México, on dit que c'était un autel de sacrifices humains. C'est une pierre qui fait peur, surtout quand on l'approche.

Je déjeuner au restaurant du Musée, situé en rez-de-chaussée, en terrasse sous les arbres du bois de Chapultepec. Un écureuil presqu'apprivoisé guette les tables non débarrassés pour venir grignoter des restes de pain.

Je voulais retourner visiter toutes les salles que je n'ai pas vues, mais je suis trop fatigué. Au point de taxi devant le musée, je demande à un chauffeur s'il peut me ramener à Bellas Artes. Ils ont l'air hésitants. Un autre conducteur surgit et m'explique que je vais me faire arnaquer si je vais avec eux. Il est assez curieux, tout petit avec un tête ronde et des dents en moins sur le devant. Je le suis et monte dans son taxi, comme tous les autres aux couleurs officielles : rouge et or. Très vite je remarque qu'il roule à toute vitesse, plus de 100 km/h sur l'avenue Reforma. Je vois aussi que son numéro de plaque, qui normalement doit être affiché sur le tableau de bord et visible depuis la banquette arrière, est partiellement décollé, il manque des chiffres. Je commence à observer le compteur de tarification. Comme dans tous les taxis, c'est un vieux boîtier noir à affichage digital rouge qui est accroché au pare-brise avec une ventouse, mais ses chiffres défilent vite, et même de plus en plus rapidement, au bout d'un moment c'est des dizaines de pesos chaque dix secondes. Très vite, le chiffre arrive à une somme énorme, certes ridicule en euros et par rapport aux tarifs des taxis français, mais excessive en pesos et pour le Mexique. Je fais remarquer au chauffeur que son compteur tourne trop vite, il me regarde et ne répond pas. Il roule toujours aussi vite, cela devient même dangereux, il fait une pointe à 120 km/h entre deux feux rouges. Je lui dit que je veux descendre ici, il me répond qu'on n'est pas arrivé. Je lui dit "Aquí ! Ahora !". Il freine et se gare sans crier gare sur le bas côté, je lui tends la somme affichée, je sors à toute vitesse, il redémarre en trombe. Je me dis que j'ai peut-être eu de la chance, qu'il aurait aussi bien pu m'emmener dans un faubourg mal famé pour me faire dépouiller par des complices. Ce sera la seule fois où j'aurai peur à México, la seule fois aussi où je me trouverai en mauvaise situation dans un taxi.

Retour à l'hôtel, sieste puis dîner puis sommeil mérité malgré le bruit de la rue (les karaokés), en contrebas (je suis au 9e étage), pas de climatisation, le ventilateur de plafond tourne à la vitesse maximale mais la fenêtre ouverte est nécessaire. Rêves musicaux, sans doute.