J'ai un rendez-vous dans la "zona rosa", un quartier chic du DF, en côté du bois de Chapultepec. Étant donné les prix modiques des courses de taxi, je vais me déplacer uniquement de cette façon, sans chercher à apprendre le métro, d'ailleurs assez peu étendu semble-t-il. Quand je veux héler un taxi devant l'hôtel, le concierge de l'hôtel me donne quelques conseils et m'aide à détecter les faux taxis, il m'explique les subtilités des plaques minéralogiques marquées TAXI avec les zones du DF dans lesquelles ils peuvent ou non opérer, je ne comprends pas tout, je lui fais plutôt confiance malgré tout, je suis un client de l'hôtel.

Nous roulons, il fait toujours aussi beau, douceur d'été permanent mais sans canicule excessive. J'observe la ville au travers des vitres arrières sur lesquelles sont collées les licences du taxi avec la photo du conducteur et son nom, ainsi que le numéro qui est rappelé en gros sur les flancs du véhicule et sur le tableau de bord, très apparent pour qu'on puisse le noter si on a un problème, j'imagine. Donde viene ? De Francia. Paris ? No, Bordeaux, la ciudad del vino. Sur la licence de taxi le conducteur est photographié la tête droite, et ne souriant pas, il fait patibulaire, alors qu'en réalité il a un visage doux, une moustache, au Mexique tous les hommes ont une moustache, il doit avoir quarante ans, il fait fatigué, triste, mais quand même souriant dès qu'il parle un peu. Il paraît très prudent, très posé, mais il conduit malgré tout comme tout le monde ici, assez vite, en changeant de file sans clignotant, en freinant sec et en redémarrant dans un crissement de pneus, je suppose que les chaussées, ou les voitures (la plupart du temps de robustes véhicules japonais), ou le climat, impose à tous cette façon de rouler, c'est la culture locale.

Au retour de mon rendez-vous, je vais visiter le Centre culturel espagnol, près du Zócalo, un endroit superbe, moderne et architecturalement réussi, et je découvre qu'il abrite au dernier étage un étonnant restaurant qui propose des mets mexicains typiques revisités à l'espagnole, avec un menu à un peu plus de cent pesos. Il est encore tôt, 14h, le lieu est vide et sur les tables ont été préparées des carafes de jus de fruit, en l'occurrence du nopal, extrait du cactus du même nom, mélangé avec du citron (nopal y limon). J'en commande une demi-carafe, c'est délicieux.

Après le déjeuner, je fais le tour de la cathédrale où se tient une sorte de marché informel. Des indiens vendent leurs objets d'artisanat, des syndicalistes et des organisation de droits de l'Homme tiennent des stands pour dénoncer l'insécurité, des dizaines de mayas en costume traditionnel dansent avec une énergie inouïe et une musique à tue-tête, des ouvriers sont assis contre les grilles de la cathédrale avec des petits cartons "À vendre" précisant leurs compétences et leurs tarifs, assez peu de touristes, pas de policiers. En quittant ce marché, je suis abordé deux fois par deux guides différents qui me proposent une visite guidée "en français" de la ville, ils sont souriants et polis, mais très insistants, je refuse gentiment, ils marchent un peu à mes côtés puis laissent tomber.

Je reviens vers l'hôtel et j'achète mes bouteilles d'eau quotidiennes. L'eau du robinet ici n'est pas potable, donc il y a toute une organisation pour livrer l'eau en grande bonbonne, et dans la moindre supérette on trouve des bouteilles d'eau d'un litre au format court, moins hautes et plus larges qu'en France, à très peu cher. Je remarque la présence de quelques supérettes 7-Eleven, la chaîne la plus répandue au Japon et que j'aimais tellement fréquenter, mais même si le logo et les couleurs orange-vert sont les mêmes, impossible de confondre, ici on est bien au Mexique et c'est une sorte d'inverse du Japon dans beaucoup de domaines.

En fin d'après-midi un vent frais s'est levé, mais peu importe, c'est comme si le temps était toujours beau ici. Je suis épuisé par la ville, l'altitude, le décalage horaire qui continue. Dîner rapide au restaurant de l'hôtel, puis coucher tôt.