Lecture du nouveau livre de Joël Bastard Chasseur de primes (Ed. La Passe du vent, 82 p., 10 €).

Joël Bastard décrit sa vie itinérante d'auteur allant de résidence d'écrivain en résidence, pour obtenir de quoi vivre de son métier d'écriture.

Pour mémoire, une résidence d'écrivain c'est un programme mis en place par une collectivité locale et qui consiste à accueillir un auteur dans ce lieu pendant un ou deux mois, logé, nourri, et rémunéré. En échange, l'auteur devra rencontrer les lecteurs locaux, animer des ateliers d'écriture, parler de la lecture, etc.

Chasseur de primes raconte de l'intérieur cette vie nomade d'écrivain en résidence : les voyages, les arrivées dans l'appartement vide qui sera son unique chez-soi pendant un ou deux mois, les questions des gens venus l'écouter lire ses textes en public, la solitude, l'incapacité d'écrire certains jours et la souffrance qui en découle, la marche quotidienne et la sérénité au milieu de la nature, le temps qui passe et la vieillesse qui approche, la tentation de se laisser aller à la vie facile et la nécessité de rester un bloc d'écriture, de garder un corps poétique.

Le tout est superbement écrit, dans une langue de poète et donc une prose millimétrée, avec toujours le style inimitable de Bastard : direct, ironique, puissant, bucolique, désespéré, comique, profond.

Extraits :

"La ville se présente. Le chasseur de primes accepte la mission. Une raison sociale illumine ses yeux d'acier trempé dans le quotidien aux espérances diffuses. Il sent déjà contre sa poitrine une poignée d'euros pliée en deux, comme celle glissée dans la poche des maquignons. Top là ! Il part. Il va écrire." (...)

"Je cherche dans l'écriture le passage qui pourrait me libérer. J'ai déjà passé beaucoup de temps à cette entreprise. Rien en vue. Je ferai donc comme tout le monde, un tas de papier pour l'esprit du vent !" (...)

"On me demande, que retenez-vous du pays et de votre séjour ici ? Je réponds toujours, le paysage. Mais quoi encore ? Le paysage et encore, je ne le retiens pas ! Je le laisserai ici à mon départ. Je n'emporterai rien. (...) Mais alors, que faites-vous ici ? Je fais comme vous, je traverse le paysage."