Pierre Michon était de passage ce soir à la librairie Mollat pour parler de son œuvre à l'occasion de la sortie de Pierre Michon, la Lettre et son ombre (Actes du colloque de Cerisy-la-Salle) (Ed. Gallimard) et du colloque bordelais qui lui est consacré à la bibliothèque Mériadeck ce week-end.

Salle archi-comble dans le petit espace du 91 rue Porte-Dijeaux et très belle prestation de Pierre Michon, tour à tour drôle (riant beaucoup), prolixe, érudit, modeste, hésitant, avec de longs moments de silence, le tout avec une concentration et une intensité de parole impressionnantes.

J'ai noté au vol sur mon calepin quelques phrases de l'auteur des Onze : "J'ai écrit beaucoup de textes sur les peintres, je ne sais pas pourquoi." Sur le tableau des Onze d'un peintre imaginaire, un tableau qui n'a jamais existé : "C'est un tableau que je ne décris jamais et pourtant beaucoup de gens disent 'Je vois bien ce tableau'. C'est le fait que rien ne soit décrit qui fait qu'on le voit. La description poussée des choses oblitère la vision que l'on peut en avoir en littérature." (...) "À la vérité, je ne vois rien. On me dit : Bordeaux c'est très beau; j'opine, mais je ne vois pas bien. Je ne suis pas un grand observateur". (...) "Peut-être que les forces, toutes les forces, sont de politique, depuis Lascaux jusqu'à la Révolution." Sur la littérature : "Sans doute que c'est un usage de la langue qui n'apporte pas ce que la langue est censée apporter. C'est peut-être par défaut de savoir convaincre l'autre qu'on se réfugie dans la littérature. La littérature est une forme de mantra. C'est un refuge dans la magie. C'est abracadabra !" (...) "On ment toujours en littérature, par démagogie, par volonté de séduire, de capter". Et aussi, à propos des Vies minuscules : "Les écrivains ne font jamais autre chose qu'écrire des vies."

L'enregistrement sonore de la rencontre est disponible en ligne sur le site de Mollat.