J'emprunte la ligne Yokosuka, une petite heure de trajet, et me voilà de nouveau à Kamakura. Le ciel est magnifique, température encore un peu fraiche, le printemps est timide. Il y a une fête ce week-end et le long de l'allée sacrée qui relie le sanctuaire shinto à l'océan il y a des lampions d'installés. Je ne suis pas capable de lire ce qui y est écrit, je le serai peut-être un jour quand j'aurai appris un peu la langue, mais je trouve la mise en volume des textes sur les cylindres, et les couleurs, et la graphie, très belles, le noir, le rouge, le blanc, se détachent sur le ciel bleu.

Je cherche une boutique dont on m'a donné l'adresse, un graveur de hanko, de tampon personnel reproduisant son nom en kanjis. La veille, quelqu'un m'a fait le cadeau de traduire mon prénom en japonais et a trouvé qu'il pouvait se décomposer en trois caractères, Ma-Ru-Ku. Ma signifie vérité. Ru signifie bleu foncé. Ku signifie éternité. Vérité bleu foncé de l'éternité, tout est dit, c'est bien moi, oui. Mille mercis de m'avoir ainsi renommé dans la langue japonaise.

Assez vite, je trouve la boutique du graveur de hanko, je lui tend mon papier sur lequel ont été écrits les kanjis avec leur traduction phonétique en romanji, Maruku, je lui demande s'il peut me le graver. C'est un homme d'une cinquantaine d'années, avec une moustache et des lunettes, le visage sévère, il me répond que c'est possible. J'ajoute, cette fois en japonais, que je suis français. Immédiatement son visage s'éclaire, il sourit, s'incline, me présente tous les modèles possibles, me fait comprendre qu'il va me faire un prix, qu'il me propose le modèle le plus cher au prix du premier modèle. Il s'agit de petits cylindres de bois plus ou moins rare, qui ont été plus ou moins décorés. À une extrémité le graveur inscrit en relief sur la section du bois les caractères du nom qui formera la signature. Je choisis un hanko peint en noir et revêtu de gravures de feuilles d'érable orange et rouge. Le prix est justifié, même s'il est supérieur à celui du stylo-plume que j'ai acheté l'autre jour chez Maruzen.

Le graveur s'assoit, il prend une feuille blanche et calligraphie mon nom, il me le montre, puis il prend le hanko que j'ai choisi, il polit la section puis grave, sans loupe malgré la petite taille, et avec une grande rapidité et une grande sureté de geste, la calligraphie qu'il a tracée sur la feuille. Cela ne prend que quelques secondes. Ensuite, il polit longuement la section du tampon, il appose une peinture dorée sur les caractères, et la finition dure encore un petit moment. Enfin il essaie le hanko, il le presse sur une éponge encrée de rouge et il appose, pour la première fois, ma signature, négative dans un cercle écarlate, sur une feuille qu'il me montre puis met de côté soigneusement. Arigato gozaimass, je m'incline très bas devant lui. Il m'enveloppe le hanko, je le remercie encore, je repars vers la le centre de la ville, je suis heureux.

J'hésite à aller visiter le sanctuaire shinto tout près, qui s'ouvre au bout d'une allée mais finalement je reviens vers la gare pour aller jusqu'à Kita-Kamakura et visiter le temple Jochi-ji, un des cinq temples de Kamakura, je me sens plus attiré par les temples que par les sanctuaires.

Il faut sortir de la gare de Kita-Kamakura et remonter un peu le long de la route. Les temples sont en retrait, côté colline, on oblique dans une petite rue, on continue de marcher entre les maisons et soudain apparait un portail qui ouvre sur une petite forêt.

Énorme choc à la visite de Jochi-ji. J'aime beaucoup Engaku-ji et ses trésors nationaux, mais Jochi-ji a d'autres sortes de richesses, moins solennelles. Des arbres en fleurs, des petites statues, des tunnels, des grottes. C'est comme si ce temple possédait des passages secrets pour remonter le temps. Je vais revenir ici souvent.

Après une heure passée à marcher et méditer, je ressors du temple et je retrouve les étals des retraités devant le portail de l'entrée. C'est la fête de l'Empereur et les gens vendent des porcelaines à l'effigie de l'Empereur et l'Impératrice. Je parle un peu avec un couple de personnes agées dont les figurines sont très belles, la femme a jadis appris le français à l'école. Beaucoup d'émotion chez elle et chez moi. Je leur achète deux couples Empereur-Impératrice, un pour offrir et un pour moi. Je sais que ces figurines sont connues pour porter bonheur. En repartant, la femme me lance en français "Au revoir". Oui, à bientôt.