C'est une des premières choses que je vois en sortant du métro, malgré la pluie et le temps couvert, impossible de le rater, c'est un immense pylône, le Sky Tree, l'Arbre du Ciel, 650 mètres, deux fois la hauteur de la Tour Eiffel, la tour de radiodiffusion la plus haute du monde. Elle n'est pas très belle mais vraiment immense, on dirait qu'elle touche l'extrémité du ciel, qu'elle descend de là-haut, que c'est un des piliers qui soutiennent le toit du monde. Je comprends d'un coup que si on ne la voit pas depuis toutes les parties du centre-ville, c'est bien parce que ce centre est lui-même très étendu. Je ne sais pas où situer le centre de Tokyo, est-ce Chyoda et le Palais impérial ? est-ce Shinjuku plus à l'ouest et que je veux aller visiter dès que possible ? est-ce Taito et le parc Ueno au nord-est ? ou bien Shibuya au sud ? À Tokyo le centre est partout. La nouvelle tour de Tokyo est construite au nord-est, au bord la rivière Sumida, c'est un autre centre, un nouveau centre pour la ville. Aujourd'hui, je viens dans le quartier Asakusa pour visiter le temple bouddhiste Senso-ji.

Il pleut beaucoup, malgré ma capuche je préfère acheter un parapluie et c'est le modèle courant utilisé par tous les japonais, vendu dans toutes les supérettes, dont la toile a été remplacée par du plastique blanc translucide, grande solidité et mécanisme manuel d'ouverture impeccablement précis et efficace, 500 yens, 5 euros.

À l'arrivée au temple Senso-ji, on passe d'abord la Porte du Tonnerre avec ses statues colorées de divinités aux visages menaçants. Puis jusqu'à la pagode et au bâtiment principal, il y a une longue allée mène occupée par des commerces de souvenirs, cadeaux, objets divers. La foule est dense, les parapluies se cognent les uns aux autres, beaucoup de touristes, asiatiques mais aussi occidentaux, j'entends parler anglais mais pas français. Il règne davantage une atmosphère de fête que de recueillement, mais peut-être que toute religion est d'abord une fête, je ne sais pas.

J'arrive à la Porte de la Salle du Trésor, le bâtiment est peint en rouge, tout comme la Porte du Tonnerre et la pagode, aussi malgré le temps gris les édifices resplendissent, ils semblent lumineux, c'est très beau, très impressionnant. Au cœur du bâtiment, derrière une grille, illuminés et entourés d'or, les objets les plus précieux du bouddhisme. Beaucoup de visiteurs japonais se recueillent. Au plafond, sont peints des animaux fantastiques, notamment un dragon.

La pluie redouble, je marche encore un peu autour de la pagode puis je décide de rentrer. Je plonge à nouveau dans le métro. Il faudra que je revienne à Senso-ji, un jour où la météo sera plus clémente avec les humains.

Je sors du temple et je regagne le métro, station Asakusa. Comme dans toutes les grandes villes, la pluie battante n'arrête pas l'activité mais au contraire semble la décupler, taxis tous occupés, davantage de voitures, piétons qui courent, quais de métros et de trains envahis par la foule, la ville accélère son rythme.

De retour à l'appartement, je m'arrête dans le hall, j'introduis quelques pièces dans les distributeurs automatiques (il y a aussi un autre distributeur dans la rue devant l'immeuble, et encore un autre trente mètres plus loin en partant vers la gauche). Je prends un bol de soupe, puis un bol de nouilles, puis une boisson énergétique. Sourire et inclinaison de tête à la préposée de l'accueil en passant devant son guichet.

Je passe le reste de la journée dans l'appartement, à écrire un mot à quelques amis restés en France. Depuis une semaine je cherchais des cartes postales dans Tokyo et je n'en trouvais pas. À Senso-ji j'ai enfin trouvé des cartes, elles reproduisent des estampes. J'en ai choisi une d'Hiroshige intitulée "Les gens pris dans une averse soudaine dans le Tadasu no mori, Kyoto". À un ami auteur, j'écris : "Énorme choc doublé d'un coup de foudre pour Tokyo. Quelle malchance d'être né en France plutôt qu'au Japon."