Pour découvrir la vie des japonais, j'ai prévu d'aller voir chaque jour un ou deux quartiers de Tokyo. Donc il faut que je puisse me déplacer rapidement et à prix raisonnable. Le jour de mon arrivée j'ai pris deux lignes de trains JR, ce matin je me lance dans l'exploration du métro.

Je prépare d'abord mon trajet sur Internet, j'indique le nom de ma station, Iidabashi, puis le nom de la station de destination, et l'ordinateur me présente les différents itinéraires possibles avec indication des changements de station. J'ai acheté un bloc de papier à lettres ligné dans le sens de la hauteur, pour écrire en idéogramme des phrases verticales, j'en plie une feuille et la découpe en quatre petits carrés de papier, et sur chacun je recopie soigneusement mon itinéraire trouvé sur Internet. Départ Iidabashi, une petite flèche en dessous, prendre telle ligne, une petite flèche en dessous, changement à telle station, une petite flèche, station d'arrivée. En haut j'écris la durée indicative du trajet et sur la droite le prix du ticket. Je plie le petit papier en deux, je le glisse dans la poche arrière de mon pantalon. Je pioche dans la monnaie sur la table des pièces de 500 et des pièces de 100 yens, et je sors. Dehors il fait très beau, à peu près la même température qu'en France, frais avec de soudains accès de douceur.

La station de métro Iidabashi a plusieurs entrées réparties des deux côté du canal, elle est surtout reliée à la station de trains JR, c'est une passerelle, les panneaux indiquent "Gate". À l'intérieur du métro, tout est écrit à la fois en anglais et en japonais. Je sais qu'il y a deux compagnies de métro différentes : la Toei et la Tokyo Metro. La ligne qui passe à Iidabashi est une ligne du réseau Toei, la Toei Oedo. Chaque ligne possède une couleur, la Oedo est couleur rubis. Dans Tokyo, la compagnie Toei a aussi trois autres lignes, la Asakusa (rose), la Mita (bleu), et la Shinjuku (vert clair). La compagnie Tokyo Metro a elle treize lignes, dont les lignes sont orange, rouge, gris, bleu, ciel, vert, jaune, violet, émeraude, marron. En parallèle du métro il y a les lignes de trains JR, dont la ligne Yamanote qui entoure le centre de Tokyo en dessinant un grand cœur qui tourne sans jamais s'arrêter. Mais aujourd'hui, je vais déjà essayer d'apprendre à utiliser le métro.

Après avoir failli ne pas sortir de Tokyo Station en arrivant de l'aéroport, j'ai compris que les numéros indiqués sur les panneaux dans les couloirs ne font pas référence aux lignes mais aux quais sur lesquels passe la rame. Les lignes sont identifiées par leur couleur et l'initiale de leur nom. Ainsi ce matin, je veux aller à Ueno-Okachimachi, le trajet est direct, ligne Oedo, initiale E, couleur rubis, je descendrai à la troisième station. J'achète un ticket d'un tarif suffisant, on m'a indiqué 160 yens, je prends un ticket à 190 pour être plus sûr. À l'arrivée, le ticket m'est rendu par le portique car il reste de l'argent dessus, étonnant. Je remarque qu'à l'entrée et à la sortie de chaque station se trouve une guérite avec un préposé, malgré l'automatisme des dispositifs, la présence humaine est préservée. Le métro est propre, moderne, pas trop bruyant et il ne sent pas mauvais, bref tout l'inverse du métro parisien. Dans les escaliers, des flèches au sol précisent le sens de la montée et celui de la descente, pour canaliser la foule aux heures d'affluence.

Une fois arrivé à Ueno je marche un peu avant de trouver le parc et son étang. Il y a des roseaux et des canards, et aussi des petits pédalos en forme de cygnes géants, comme des jouets pour enfants, sauf qu'ici ils sont utilisés par des adultes. Un peu plus loin, un musée, il y en a plusieurs dans l'immense parc, et j'aperçois aussi une pagode à cinq cent mètres devant; je pourrais marcher jusqu'à la pagode mais je suis venu ici pour une raison précise : voir des arbres en fleurs, les premiers de la saison. Nous sommes d'ailleurs le jour du printemps en France, le 20 mars. Je quitte le bord de l'étang en regardant le sommet des grands immeubles qui s'élèvent tout contre et surplombent le parc, leurs occupants doivent avoir une vue magnifique, je me demande s'ils m'observent de là-haut.

En m'aidant du plan je remonte jusqu'à un sanctuaire que je veux visiter, c'est mon premier sanctuaire japonais, il s'appelle Yushima Tenjin. Il faut monter un escalier depuis l'avenue et on arrive dans le lieu assez petit, entouré par les grands immeubles. Une foule incroyable se presse là et j'apprends ensuite que c'est aujourd'hui un jour férié, le 20 mars est la fête du printemps. Ce sanctuaire est réputé pour ses pruniers qui fleurissent un peu avant les cerisiers, et en effet ils sont en fleurs. Je photographie, tout le monde photographie, les appareils sont brandis à deux mains ou tendus à bout de bras, une photo, dix photos, cinquante photos, avec des petits appareils, ou des Iphone, ou des tablettes, mais aussi d'incroyable appareils photographiques professionnels avec des optiques énormes, et un trépied non déplié et qui sert seulement à faire reposer sur le sol l'appareil pour le stabiliser le temps du déclenchement. Certains visiteurs collent leur objectif aux fleurs des pruniers et passent de longues minutes à réaliser leur photo. J'admire les temples de bois, les fleurs des arbres, les statues, les empilements de plaques votives, ces petites planchettes en bois sur lequel on inscrit ses vœux. La foule est compacte, c'est une cohue festive et un peu épuisante, tout le monde a l'air heureux, je prends encore quelques photos puis je vais acheter un souvenir, un carré de résine contenant deux fleurs de cerisier embaumées.

Au retour, je reviens par une autre station de métro, même ligne, mais j'ai acheté cette fois un ticket qui n'était pas assez cher car quand je l'introduis dans le portique de sortie ce dernier se bloque et m'interdit le franchissement. Je reviens vers la guérite où se tient le préposé, je lui explique un peu en anglais et beaucoup par geste, il s'incline et me demande avec mille égards à quelle station je suis monté, je lui montre sur le plan, il tape sur sa machine qui affiche un prix que je lui règle, il s'incline, je l'imite, arigato gozaimass. Voilà, ça y est, maintenant je sais prendre le métro à Tokyo.