Je viens de lire, avec plusieurs mois de retard, le livre que Claudine Galea a écrit sur Patti Smith : Le corps plein d'un rêve (Ed. Le Rouergue, 131 p., 14,70 €).

Beau livre, au titre magnifique, pas très long mais très enlevé, qui raconte en un seul mouvement, avec urgence, la vie de la narratrice en parallèle à celle de la chanteuse Patti Smith. Au travers des chansons de Patti Smith, Claudine Galea invente un nouveau genre, la bio-autobiographie. Parler de Patti Smith, c'est parler de ses souvenirs d'écoute de ses chansons, donc parler de sa vie. Et la vie de Claudine Galea est précisément celle d'une écrivain, c'est-à-dire celle d'un corps plein d'un rêve, un corps animé, depuis l'enfance, par une étincelle éternelle, celle de l'écriture, qui prend toute la place dans l'existence.

Il y a le chapitre sur le concert de Patti Smith le 26 mars 1978 à Paris, passage très fort, très précis dans sa description. Plus léger, mais très comique, il y a aussi la rencontre de Claudine Galea avec Marguerite Duras qui cherche à la déstabiliser et à qui l'auteur débutante lance sans se démonter : "J'aime bien la purée et les saucisses". Et sur l'écriture, il y a un chapitre d'anthologie sur le départ des athlètes de sprint, image parfaite de l'écrivain plongeant dans son travail. Dans le rock, comme dans le sport, comme dans la littérature : le mouvement encore et toujours, la vitesse et les yeux grands ouverts au cœur de cette vitesse.

Extraits :

"Je ne voulais pas être une chanteuse de rock'n'roll
Je ne voulais pas faire carrière dans le rock'n'roll dans le business

Ce n'est pas ce que j'ai cherché
Ce que je cherche ce que je cherche c'est
Être avec vous
Vous êtes mes enfants pas plus" (...)

"Une après-midi sur le Côte Bleue, je l'ai entendue chanter et elle m'est entrée dans le corps, à l'endroit exact où le corps est tout, les sens, les émotions, l'intelligence, l'esprit, tout."  (...)

"Son secret, une phrase qu'elle prononce très tôt : I have no fear. Je n'ai pas peur" (...)

"À 160 sur l'autoroute, je défie le mistral, ça m'oblige à rester éveillée, sur le qui-vive, tous les sens en alerte. Un jour, j'écrirai comment je conduis." (...)

"Je vois je sens j'entends je goûte je hume je sniffe je prends j'absorbe je me nourris je me remplis je me shoote à la vie-Patti, la vie qui rend VIVANTE." (...)

"Dire Elle pour éloigner Je. Dire Je pour se rapprocher d'Elle. Le bon endroit, ELJE."