J'étais à la lecture d'Arno Bertina à "Écrivains en bord de mer", suivie d'un échange avec Alain Nicolas, de L'Humanité.

Il a d'abord lu des extraits de Troisième territoire, un texte inédit en cours d'écriture, construit autour des photos en diptyques de Frédéric Delangle. Il a ensuite longuement parlé de son dernier livre, Je suis une aventure (Ed. Verticales) et de son travail en général.

Quelques phrases notées sur mon calepin parmi les remarques passionnantes d'un Arno Bertina toujours aussi affuté dans sa réflexion sur l'écriture : "Pour ce livre [qui évoque Rodgeur Fédérère, double du tennisman Roger Federer], j'avais deux moteurs : 1- la tension dramatique qu'il y a à être considéré comme le plus grand joueur de tennis de l'Histoire alors qu'on est encore en activité, on le range au musée, c'est un compliment morbide; 2- un corps de sportif dont on peut dire qu'il a la grâce" (...) "Comment un corps arrive à être aussi présent au moment où il est en train de vivre ?" (...) "La notion d'identité me semble être un piège colossal (...) dans le titre du livre, le Je est dynamité par l'aventure".

Parlant de la continuité entre ses livres Anima motrix (Verticales, 2006), Ma solitude s'appelle Brando (Verticales 2008) et Je suis une aventure, Arno Bertina a expliqué : "Tous mes personnages partent du même point, les choses sont en train de se refermer sur eux et la question est : est-ce que je vais réussir à courir assez vite pour y échapper ?" (...) "Toujours désirer être ailleurs : c'est l'idée qui est dans mes trois derniers livres. C'est arriver à s'inscrire dans un mouvement, ne plus penser en termes d'identité mais en termes de mouvement et de mobilité" (...) "Ce qui impressionne chez Federer, c'est qu'il ne donne pas l'impression de faire des efforts. Il y a ici quelque chose de politique : qu'est-ce que je fais du moment présent : est-ce que j'arrive à pleinement épouser le présent pour l'emmener ailleurs ?"