Après dix jours déjà passés à Tokyo dans le cadre des Missions Stendhal, ce que je ressens ici c'est une vie accélérée, démultipliée, c'est la capacité de faire deux à trois fois plus de choses dans une journée que si on vivait en France. Chaque journée tokyoïte contient 34 heures. Et d'abord, le jour se lève actuellement vers 5h du matin, donc à 7h la ville est déjà en pleine activité, les métros remplis (à l'heure de pointe les rames se suivent à 15 secondes les unes des autres, avec agents en nombre sur le quai pour vérifier qu'il n'y a pas d'incident), et tout fonctionne comme une montre suisse. Le Japon lui-même fonctionne comme une montre suisse.

Il y a d'abord l'extraordinaire courtoisie, politesse, ouverture aux étrangers, des japonais, particulièrement des tokyoïtes. Un simple sumimasen (excusez-moi) pour demander un renseignement et le premier japonais venu va se mettre en dix pour vous aider.

Il y a aussi dans la rue la rapidité et la fluidité de la foule, tout le monde est concentré, tout le monde marche vite. Partout on s'active, on fait son travail, et avec une conscience professionnelle exemplaire, et toujours le respect d'autrui. C'est probablement le lieu rêvé pour qui veut passer son temps à travailler, ce qui est mon cas, dormir le moins possible et utiliser le maximum d'heures à essayer de modifier la réalité.

Il y a aussi la technologie, les trains de banlieue modernes, propres, et jamais en retard de plus de 3 ou 4 secondes. Les trains japonais sont des horloges, encore plus exacts que l'étaient jadis les trains français.

Tokyo est une ville pour hyper-citadins, mais pas une ville inhumaine, elle est technique et hyper-organisée aux endroits où il le faut, mais elle est aussi supportable, avec tous ces mini quartiers à l'intérieur des quartiers, ces villages dans la ville, en plein centre, petites maisons éparpillées entre les immeubles modernes, et petites rues étroites perpendiculaires aux avenues. L'urbanisation semble anarchique, elle est seulement diverse, vivante, les logements ont poussé au hasard, et tant mieux. Tokyo n'est pas une ville en hauteur mais une ville en largeur, incroyablement étendue, environ 37 millions d'habitants sur une superficie de 600 km2.

Il y a aussi les temples bouddhistes et les sanctuaires shintoïstes, que l'on trouve presque dans chaque quartier, parfois de tous petits sanctuaires, points de recueillement et de méditation au milieu de la ville.

Et il y a également les jardins, sans doute encore plus nombreux qu'à Paris, parfois immenses, de vraies petites forêts. On y entre et immédiatement c'est le silence, à l'exception des oiseaux (il y a dans le jardin d'Hibiya un arbre qui semble cacher dix mille oiseaux). Il ne s'agit même pas de beauté, il s'agit d'évidence.

Tokyo ne dort jamais (même si beaucoup de tokyoïtes dorment pendant les trajets en métros et trains de banlieue), toutes les supérettes de quartiers, les célèbres konbini, sont ouvertes 24h sur 24, et bien sûr les dimanches et jours fériés. Tokyo est un mouvement perpétuel, je pense que pour un écrivain c'est ici qu'il faut vivre ou écrire, en français ou dans n'importe quelle langue, mais pour moi ce sera le français parce que c'est la langue que je connais le mieux.

Pour les curieux, chaque jour je poste vite fait sur Twitter des petits polaroïds Instagram du Japon.

(Photos : le sanctuaire Meiji, le quartier Marunouchi, le quartier Fukagawa, le parc d'Hibiya)