MàJ 17/02/2012 : cette nouvelle traduction du Vieil homme et la mer n'est plus disponible sur Publie.net, suite à une mise en demeure des Éditions Gallimard, voir le billet de François Bon : Gallimard versus publie.net.

Publier un livre, pour un éditeur, c'est envoyer un signal aux lecteurs, et s'agissant des auteurs classiques, le signal est toujours puissant, donc mille merci à Publie.net de faire paraître une nouvelle traduction du célèbre roman d'Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer (Ed. Publie.net, livre numérique, 149 p., 2,99 €).

J'avais lu ce roman pendant mon adolescence et j'en avais gardé un souvenir mitigé, mais le relire dans la nouvelle traduction de François Bon me le fait découvrir. Extraordinaire livre que Le vieil homme et la mer, le dernier publié par Hemingway en 1952. Un vieux pécheur de Cuba, après 84 jours passés sans prendre un seul poisson, repart seul sur l'eau un 85e jour pour essayer de trouver enfin un grand poisson. Et il le trouve, un immense espadon, et malgré son âge le pêcheur se bat contre lui pendant des jours et des nuits, sans dormir, presque sans manger, pour enfin réussir à le capturer. Mais il faut encore revenir sain et sauf au port.

D'un bout à l'autre, j'ai lu ce court livre comme une allégorie de l'écriture. Écrire des livres c'est aller à la pêche et se battre, et risquer sa vie, et mourir parfois, et Hemingway en quelque sorte mourra à la tache, à court d'espoir et d'inspiration, en 1961.

Il y a dans ce roman des quantités de scènes magnifiques, qui parfois rappellent le Hemingway le meilleur, celui des premiers textes, la série des "Nick Adams". Il y a à terre le jeune garçon qui s'occupe du vieux pêcheur, qui le nourrit, le protège et le soigne. Il y a en mer le couple de marlins, dont la femelle qui a mangé l’appât la première est capturée, et le mâle reste seul et repart désespéré. Il y a l'oiseau épuisé qui vient se reposer sur le bateau, et les poissons volants, et les dauphins, et la main ankylosée à laquelle le vieux pêcheur parle, comme il parle à tout son corps. Il y a la figure de Joe DiMaggio, le grand joueur de base-ball que le pêcheur admire tellement et à qui il espère ressembler. Il y a les souvenirs de jeunesse, et l'Afrique, et les lions, toujours les lions, les lions jusque dans ses rêves. Et il y a bien sûr le gigantesque espadon, que le vieux pêcheur tue mais qu'il respecte, et auquel, à la fin, il demande pardon pour ce qui arrive. Il y a aussi les requins qui le harcèlent, qu'il faudra tuer un par un, jusqu'à l'épuisement et des armes et des forces. Et le suspense du texte, qui continue jusqu'à la fin, comme la vie, palpitante jusqu'au bout, même si on est devenu vieux, même si on n'a plus la force, parce qu'on sait qu'on fait la chose pour laquelle on est né : pêcher, ou écrire.

Extraits :

"Je ne suis peut-être pas aussi fort que je le crois, dit le vieil homme. Mais je connais pas mal de trucs, et je suis têtu." (...)

"Ne pense pas au péché. C’est bien trop tard pour ça et il y a des gens qui sont payés pour." (...)

"Pense à ce que tu peux faire avec ce que tu as." (...)

"Poisson, dit-il doucement, mais à voix haute, je reste avec toi jusqu’à ma mort." (...)

"Tirez, les mains, pensa-t-il. Tenez bon, les jambes. Continue pour moi, la tête. Continue. Ne lâche pas." (...)

"Mais l’homme n’est pas fait pour la défaite, dit-il. L’homme peut être détruit, mais pas vaincu." (...)

"Maintenant, c’est le moment de penser à une chose et une seule : celle pour laquelle je suis né."