Passage de Pascal Quignard à la librairie Mollat, venu présenter son nouveau roman, Les solidarités mystérieuses (Ed. Gallimard).

Rencontre très forte, débutée avec une lecture par l'auteur d'extraits, Pascal Quignard expliquant : "Il vaut mieux toujours commencer par une lecture, qui permet de donner le ton, l'univers."

Après avoir commenté rapidement les extraits lus, il s'est passé quelque chose d'étonnant : Pascal Quignard a fait diffuser dans la salle un nocturne de Chopin, et il a demandé à ce qu'on monte le son, et il l'a écouté, et tout le monde avec lui, durant plusieurs minutes. Pascal Quignard était dans une extrême concentration pendant cette écoute, avec presque les larmes aux yeux, il avait les mains regroupées sur la table, et on aurait dit qu'il priait, et précisément cette écoute de la musique ressemblait à une célébration religieuse, avec toute une assemblée regroupée autour de l'officiant Quignard. Ensuite, il a laissé la salle lui poser des questions sur ses livres.

J'ai pris en notes quelques réponses de Pascal Quignard. Notamment ceci : "À vingt, trente ou quarante ans, j'avais besoin de lire pour vivre : me confronter aux expériences des écrivains m'aidait à vivre. Les lieux dans lesquels j'étais étaient moins importants que les livres que je lisais. En vieillissant, la nature s'est mis à prendre une importance beaucoup plus grande en moi, et c'est devenu une lecture du paysage : contempler est un dérivé du livre ou à la source du livre." Parlant de ses rituels d'écriture, il a expliqué : "Je me lève tôt. J'ai commencé à écrire car je n'ai jamais eu beaucoup de sommeil. Je me lève vers 3-4 heures, 4-5 heures du matin, ça dépend des jours. Je réserve chaque jour quatre ou cinq heures à écrire, lire, rêvasser. Je ne mange pas, je ne me lave pas, j'écris tout de suite, le plus possiblement au contact des rêves et de la nuit. Vers 10-11 heures, ma journée est terminée."

À propos de ce que lire signifie, il a dit : "Je sais d'expérience qu'ouvrir un livre c'est exposer sa vie à une autre narration de sa vie" et aussi : "J'ai fait assez de dépressions nerveuses pour pouvoir dire que le premier signe de la dépression est le fait de ne plus pouvoir lire. (...) Je pense vraiment que je suis [d'abord] quelqu'un qui lit. Je ne peux pas faire de différence entre lire et écrire. Je lis, et ce qui me manque dans le livre, je peux l'écrire."

Pascal Quignard a conclu : "Mon but : éprouver plus intensément la vie que je peux mener" et répondant sur une question lui demandant comment il a vécu son prix Goncourt en 2002 : "Le Goncourt, quand on ne s'y attend pas, passe comme l'eau sur les ailes d'un canard."

     - Le podcast intégral de la rencontre est disponible sur le site de Mollat.
     - Voir l'entretien vidéo réalisé peu avant la rencontre.