En préparation de mon voyage au Japon, je lis des auteurs nippons, notamment du XXe siècle, et je découvre Uchida Hyakken, dont mes amis d'Atelier In8 viennent de publier La Digue (Atelier In8, 106 p., 12 €, trad. Patrick Honnoré), un livre très court mais très dense.

Hyakken (1889-1971) est un auteur japonais important, admiré par Mishima et que Kurosawa a pris comme héros de son dernier film en 1993.

La Digue est un petit livre saisissant, avec des nouvelles mystérieuses et belles, encore plus oniriques que fantastiques. En les lisant on a la sensation d'accéder à des cœurs de rêves, on marche dans cet autre monde auquel nous n'avons habituellement pas accès. Ces nouvelles font penser aux Chroniques de l'étrange chinoises de Pu Songling, ou aussi évidemment à Kafka (une des nouvelles contient d'ailleurs une métamorphose du narrateur en animal), mais en plus sec, en plus ramassé, avec pourtant parfois de soudaines visions poétiques très belles et un questionnement continu sur le sens à donner à sa propre existence.

Extraits :

"Mais puisque c'était le seul chemin et qu'il m'était difficile de refuser de marcher avec elle, je continuai à la suivre en silence. Il y eut une vague clarté d'un côté. Je tournai la tête et je vis des tubes, des flammes qui montaient en divers endroits de l'étendue des roseaux. De belles gerbes d'étincelles s'échappaient des tubes et montaient dans le noir avant de disparaître sans laisser une trace. D'autres feux d'artifice éclataient encore sporadiquement dans le ciel du même côté. C'était fascinant."
(...)

"En passant devant ces maisons, j'entendis mes pas renvoyer faiblement un écho, et je me souvins que j'étais déjà passé par ici. Je me souvenais de ce son en retard après chacun de mes pas, comme si j'étais poursuivi."