J'assistais ce soir à la rencontre avec Régis Jauffret à Écrivains en bord de mer.

Le programme prévoyait un échange entre Régis Jauffret et Matthias Énard, mais ce dernier n'a pas pu venir pour raisons de santé. L'auteur de Microfictions (Ed. Gallimard), en lui rendant hommage, a expliqué que pour lui Énard est "actuellement le plus grand écrivain français vivant".

Jauffret a répondu aux questions de Bernard Martin, j'ai noté quelques phrases : "J'ai une infirmité, j'ai une impossibilité à écrire autrement que sous forme de fictions, et c'est une sorte d'infirmité." (...) "La fiction est dans la métaphore, aussitôt qu'il y a métaphore il y a fiction" (...) "La littérature a un grand rapport avec l'insomnie. J'écris parce que je n'ai pas assez dormi."

Il a évoqué à demi-mots le procès contre son roman Sévère (Ed. du Seuil), dont l'interdiction a été demandée par des personnes privées : "À partir du moment où on met "roman" [sur la couverture], c'est que c'est faux. Or, cette définition ne suffit pas pour la loi française." (...) "Aujourd'hui, pour être à peu près libre dans la littérature, il faut raconter des romans d'amour, des choses abstraites ou faire des textes expérimentaux, mais dès qu'on parle du réel et que le réel est polémique, le chemin est fermé." (...) "Un livre semblable sur un fait divers ne serait plus publié aujourd'hui, et il arrivera un moment où ces livres ne seront même plus écrits" (...) "Le romancier est libre mais pas tant que ça. La Recherche du Temps perdu, si elle paraissait aujourd'hui, il y aurait une foule de procès [de la part de tous les personnages qui s'y reconnaitraient]".

Et j'ai aussi noté une phrase, la dernière phrase de l'intervention de Régis Jauffret, phrase restée en suspend, et mystérieuse : "La barrière du langage nous cloisonne."