Olivier Rolin et Mathias Énard étaient de passage à Bordeaux à la librairie La Machine à Lire. pour présenter leurs derniers livres respectifs : Sibérie (Ed. Inculte) et L'Alcool et la Nostalgie (Ed. Inculte).

Très belle rencontre modérée par Olivier Mony et fascinante discussion entre deux écrivains s'admirant mutuellement et de deux générations successives. Ils ont relaté les circonstances de l'écriture des deux livres : leur traversée de la Russie en train, de Moscou à Vladivostok en 2010 dans le cadre du "Transsibérien des écrivains".

J'ai noté quelques phrases prononcées par Olivier Rolin : "J'aime assez essayer de faire passer quelque chose d'un lieu. C'est un peu de l'ordre du journal de voyage. (...) J'avais déjà été en Sibérie plusieurs fois. (...) Pour moi c'est un voyage dans l'espace mais aussi dans le temps, je repasse par des endroits où j'étais passé vingt ans avant. J'aime bien les retours."

Mathias Énard a expliqué au contraire : "Je me sens incapable de faire des carnets de voyage. Je me sens plus à l'aise dans d'autres territoires. Je peux écrire en voyage, oui, mais sur tout autre chose. Je fais plus confiance à mes souvenirs qu'à ce que je vois sur le moment. L'écriture en direct ne me convenait pas, donc je me suis inventé un passé russe que je n'ai pas."

Répondant à une question du modérateur, Olivier Rolin et Mathias Énard se sont longuement exprimé sur la fiction romanesque et son effacement dans la littérature contemporaine au profit de textes plus près de la réalité. Rolin a expliqué qu'il s'était éloigné progressivement du roman : "Je me sens pour l'instant plus attiré par une recherche de l'exactitude",  se demandant même, au détour d'une phrase, si ses premiers livres, des romans, n'étaient pas plus forts que ceux qu'il écrit aujourd'hui. Énard, dont les livres sont à l'inverse actuellement des pures fictions, en a conclu : "Peut-être que la jeunesse se lance dans la fiction et que la sagesse revient vers autre chose."