("Vases communicants" entre "Fragments, chutes et conséquences" et ce blog : ce 1er avril j'écris chez Joachim Séné et il écrit chez moi).

15 mars 2011

Aucune vibration ici. Se douter d’un mouvement, brusque, ailleurs, à l’instant où, ici, tout repose sur le calme, forcé.

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Tu dors sur un lit hérissé d’incertitudes, depuis trop longtemps.

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La couleur du ciel est pourtant la même partout dans des conditions identiques de taux d’humidité, de température, de répartition des masses nuageuses plusieurs horizons à la ronde, de composition de l’atmosphère, à la même déclinaison de la même saison et à l’inclinaison égale du soleil au-dessus de l’horizon.

Peut-être à ceci près : la quantité de masse métallique en suspension (lente) ou en mouvement (rapide) dans l’air.

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Tes souvenirs sont des fictions, seuls tes gestes se souviennent.

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Tu cherches, tu remues, tu considères, tu rappelles, tu fomentes, tu déjantes, tu racontes mais à toi, tu ris mais à toi, tu fou-à-lier mais à toi en toi, le monde en toi s’infiltre en dehors de toi par cette brèche intérieure, cette fêlure que tu connais bien par laquelle ce monde d’en toi sort sans prudence à la glace cuisante du monde hors toi, celui qu’on dit réel à côté de toi dans le bus qui rappelle qu’au terminus tout le monde doit descendre, gelé ou vif.

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Le sol était plat, il a pris tant de vie déjà.

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Mot mensonge du regard.

Fumée mensonge de la pierre.

Regard mensonge du corps.

Ombre mensonge de la peau.

Main mensonge du sexe.

Respiration mensonge de la raison.

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Il n’y a pas de calendrier de l’avenir, tous les agendas mentent. Pourquoi 2026 existerait comme 2011 existe, avec une case pour ce jour et un stylo pour y noter un rendez-vous au musée ou devant un thé ? Il n’y a pas ce lieu en 2026 que tu connais aujourd’hui. Il y a tout au plus la présomption de ce lieu, fût-il de pierre et habité il sera de pierre ou habité, peut-être les deux, peut-être aucun des deux.

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Tes alarmes sont lourdes, ta némésis hypothétique comme la caresse de tes missiles.

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Certains matins quand, rasant, le soleil ne lui fait ni ombre ni jour, dans ce court intervalle souvent bleu ou mauve et d’exacte horizontalité, le trottoir se laisse aller à respirer.

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Tout lieu où nous ne sommes pas présent devrait se conjuguer au passé simple.

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Aucune eau amer ne refroidira ton cœur. Tu es bâti sur des chimères tremblantes. Le ciment de ton désir est sableux, en silence la pluie l’enlise dans les stries descendues du ciel noir.

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Joachim Séné