Un jour de février 2007, je mettais en ligne pour la première fois un extrait des notes prises pendant la journée dans mon carnet papier *.

J'ai continué depuis, en systématisant le procédé, tous les jours et trois phrases à chaque fois, et cela fait donc quatre ans que ce carnet d'écriture existe.

Trouver chaque jour trois phrases n'est pas une chose simple, de temps à autres la pensée se cherche et le texte devient moins percutant. Parfois, choisir les trois phrases dure deux heures, parfois c'est bouclé en dix minutes. Il n'y a pas de règle, question de météorologie psychique. Le carnet est vraiment un état des lieux mental, j'y décris mon sentiment de l'instant. Si je suis sûr de moi, si j'ai bien travaillé le matin sur le roman en cours, alors ma phrase tape dans le mille, et peu importe si elle semble incompréhensible au premier abord. En revanche, si je subis une pression extérieure, alors le texte hésite, sa grammaire divague.

Ce carnet a ses fidèles qui le lisent tous les jours, et il est notamment très suivi par mes amis et mes proches, phénomène qui me semble toujours curieux. Avec l'apparition de Facebook, s'ajoute la réaction immédiate des lecteurs, ici encore souvent mystérieuse pour moi : certains jours le carnet suscite des J'aime, d'autres fois le silence total, sans que cela recoupe toujours mon avis personnel. J'en conclus que la réception d'un texte est multiple, que les perceptions sont personnelles et parfois incompatibles entre elles.

Le carnet, au-delà de son irrégularité stylistique et de la discipline que sa rédaction exige, est surtout pour moi une boussole : chaque soir, je monte sur le pont et face à l'océan je fais le point pour savoir où je suis. Si je sais où je suis, je saurai où aller.

 

* Pour info, on trouve ces petits carnets à couverture unique chez "Il Pavone di Pelosin Paolo", à Venise sur le campiello dei Meloni (San Polo 1478, 30125 Venezia).