Lecture, fasciné, d'une nouvelle édition du Journal de Stendhal (Gallimard, Folio, 1280 p., 13,50 €).

Je feuillette au hasard, je lis les pages sur Milan, sur Padoue, sur Venise, la joie de vivre en Italie. Les pages sur ses maîtresses aussi méritent la lecture urgente, la documentation sexuelle qu'il recueille. Les notations politiques, artistiques (peinture, musique), ou tout simplement sur la vie quotidienne, tout nous parle dans ce journal.

C'est le Stendhal d'avant Stendhal, de 1801 à 1823, l'enregistrement quotidien qu'Henri Beyle fait de lui-même, avec la volonté de ne rien perdre de ce qu'il est au présent. Contrairement à beaucoup de diariste, et même s'il s'ennuie lui-même parfois dans son quotidien, l'écriture de Stendhal n'est jamais ennuyeuse, le texte est toujours vivant, captivant, inventif, avec une extraordinaire sincérité que l'on retrouvera cette fois maîtrisée dans ces chefs-d'oeuvres que sont Le Rouge et le Noir (1830) et La Chartreuse de Parme (1839).

Extraits :

"J'ai été dévoré d'ambition tout le matin, au point de ne pouvoir presque lire" (23 sept. 1806)

"Elle ne m'a pas reconnu. Cela m'a fait plaisir. Je me suis remis en lui expliquant que j'étais Beyle, l'ami de Joinville. "C'est le Chinois, quegli è il Chinese", a-t-elle dit à son père qui était là." (1813, chap. XVI du voyage en Italie)

"I go at breakfast time at Palfy's house. Je suis assez naturel et j'ai assez de dignité; je suis content de l'entrevue. Ses yeux semblent s'animer par ma présence. I believe that she thinks me retenu by somewhat, but virtue is ridicul" (3 mai 1810)

"Mon coeur est plein. J'ai éprouvé hier soir et aujourd'hui des sentiments pleins de délices. Je suis sur le point de pleurer." (Milan, le 8 sept. 1811)

"La chose qui me manquera le plus tôt lorsque je vieillirai, ce sera la mémoire" (24 sept. 1813)