Sortie d'un nouveau livre de François Bon, directement en numérique, un texte déjà mis en ligne dans une première version il y a quelques mois : Les Indes noires (Ed. Publie.net, 50 p., 2,99 €).

Le narrateur, soudeur par faisceau d'électrons, raconte la découverte de l'Inde, plus précisément de Bombay, où il est envoyé faire des soudures de précision dans un centre atomique. Visions de la pauvreté, de la mégalopole, de la violence, de l'injustice des castes, portraits des ouvriers locaux avec qui il devient ami : Mister Camel, Shimpy, Bailea, Madu. Un livre bref et énergique, avec un final pétrifiant. Superbe.

Extraits :

"J’ai vu comme ça brûler, dans ces quatre mois, par hasard, comme au temps du Londres de bois, un quartier entier : foules qui fuient, rues cernées, et le craquement fou des flammes, le taxi qui vous emmène en expliquant qu’on va prendre une autre route, que cela vaut mieux" (...)

"L'Inde c'est trop fort, ça soûle." (...) "On vous explique que les castes c’est fini, mais chaque étage se venge sur celui d’en dessous de ce qu’il subit d’au-dessus." (...)

"À Bombay, quand j’avais besoin d’un tournevis, j’appelais Bailea Todankar, dit Bill. Je lui racontais ce que je voulais, il penchait la tête un peu de côté, et on prenait la matinée, ensemble, pour aller le fabriquer. Une fois, on n’y arrivait pas, à l’usine. Il m’a dit de l’attendre à l’entrée du Centre atomique, le soir six heures, et on est parti dans les fonds de Trombay, chez un type qui bricolait des moteurs de taxi : un garage en plein air (d’ailleurs, ils dormaient sur place), et là on a bricolé notre clé ou je ne sais plus, pour les besoins du réacteur nucléaire." (...)

"Madu, Madu le polyo. Longtemps après, j’ai reçu une lettre, qu’il avait fait écrire. Que, si je lui trouvais du travail, même dur, il viendrait. Parce que son frère le pêcheur avait dû arrêter, il n’y avait plus la barque, et que son salaire de pointeau ne suffisait pas. Je n’ai pas répondu."