Quand je regarde les actualités de ces premiers jours d'août, j'ai envie de plonger dans ma bibliothèque et ouvrir, par exemple, ce texte rare de Sade : Contre l'Être Suprême (Ed. Quai Voltaire, 1989).

C'est un livre très étrange, publié il y a 21 ans, pour le bicentenaire de la Révolution française. C'est un inédit de Sade, une lettre "confiée par Apollinaire à Maurice Heine, puis, par ce dernier, à Gilbert Lely" (*). Un texte donc exceptionnel, et une prose de toute beauté. La page de faux-titre précise : "Cent-vingt exemplaires numérotés publiés à Londres, aux dépens de la Compagnie. Pour la France : Quai Voltaire." Il faut relire ce livre, et remercier son auteur, quel qu'il soit... (**)

Extraits :

"Un grand malheur nous menace, mon cher Cardinal, j'en suis encore étourdi. (...)

"Me croirez-vous si je vous dis que l'évangile secret de la nouvelle religion que j'espère encore impossible (mais nous y allons à grands pas) peut se résumer ainsi : « Tu haïras ton prochain comme toi-même ? » " (...)

"Qu'en dit votre Casanova ? L'avez-vous revu ? N'écrit-il pas ses Mémoires ? Les vôtres avancent-ils ? Écrivez, écrivez, il faut que le témoignage de la raison se fasse entendre auprès des siècles futurs." (...)

"En somme, l'Être Suprême veut sélectionner ses corps et les prendre, pour ainsi dire, à la base. C'est une expérience de tri." (...)

"La débilitation, partout et toujours, prépare le dogme; la sauvagerie sans émotion en sera le ciment nouveau."

(*) Même si les rigoureux bibliothécaires de la BNF ne se laisseront hélas pas mystifier, comme le montre leur notice.
(**) Google vous en dira plus sur le véritable auteur de ce texte, et aussi comment vous procurer ce livre, reparu depuis en édition de poche.