J'étais à la conférence que donnait Philippe Sollers au Collège des Bernardins, dans le 5e arrondissement, sur le thème "Enfance et jeunesse d'un écrivain français". Ça a été un grand moment.


La présentation était faite par Julia Kristeva et le débat animé par Antoine Guggenheim. Forte affluence, le grand amphithéâtre était plein. Il n'y avait pas moins de six équipes vidéo différentes pour enregistrer la soirée, et dans l'assistance de multiples auteurs et journalistes connus. Une grande carte ancienne représentant une ville traversée par un fleuve et marquée BORDEAVX était projetée derrière la scène.

Présentation belle et puissante de Julia Kristeva qui a parlé de leur couple en disant notamment : "Cette cohabitation de nos deux étrangetés continue à défier le temps parce que ça s'écrit". Grande énergie de Philippe Sollers qui a fait de superbes lectures des passages d'Un vrai roman qui lui semblaient les plus significatifs.

Durant sa conférence, Sollers a insisté sur la guerre d'Algérie et sur Vichy, les deux grands tabous de l'histoire française. Il a aussi évoqué le caractère puritain du reproche "too french" que lui font les américains (on ne reproche ça qu'aux français, jamais on ne dit 'trop américain' ou 'trop chinois'). Et aussi : une anecdote sur Lacan qui, ayant envoyé un mot pour "Julia Sollers", se voit répondre par l'écrivain bordelais que cette personne n'existe pas, pas plus que le "Monsieur Kristeva" à qui veulent s'adresser les étudiantes américaines. Philippe Sollers s'est aussi lancé dans une longue et très drôle énumération des messages personnels codés diffusés sur Radio Londres pendant l'occupation allemande. Enfin, pour achever la conférence, il a lu le texte de Maître Eckhart qu'il avait récité à l'enterrement de son père.

J'ai noté quelques passages dans mon calepin. Par exemple : "Une des expériences les plus fondamentales de ma vie a été l'écoute de Radio Londres : c'est ça qui m'a donné l'idée de la poésie" ou : "L'Angleterre, dans ma famille c'était très important, on disait 'les anglais ont toujours raison'" ou : "Bordeaux est un port. Il y a toujours une différence entre les personnes continentales et les personnes sensibles aux ports : Bordeaux, Venise, Barcelone" et aussi : "Bordeaux, pays paradisiaque."