Passage de James Ellroy à Bordeaux, venu présenter à la librairie Mollat son dernier livre Underworld USA (Ed. Rivages).

Impressionnant personnage, de grande taille et grande carrure, vif, souple comme un lynx, il ressemble à celui qu'on imagine : un homme qui n'a peur de rien. Avant la rencontre, il a signé son livre dans la librairie : une heure trente à dédicacer debout, devant la file d'attente, poignée de main à chacun, livre tenu à bout de bras et signé au stylo bille à toute vitesse, quelques mots échangés en anglais, Thanks, suivant, et le tout sans paraître fatigué, et avec bonne humeur.

La rencontre s'est ensuite passée devant une salle remplie à ras bord, en compagnie de deux traducteurs (Yves-Charles Granjeat, assisté de Stéphanie Benson) et d'un modérateur (Christophe Dupuis). Humour à froid presque permanent et quelques grands rires, énorme présence, il a répondu patiemment aux questions du modérateur puis a ensuite longuement échangé avec le public, le tout dans une décontraction typiquement américaine. Il a notamment raconté comment il avait travaillé pour ce livre : "J'ai engagé une personne qui a fait pour moi une recherche historique et a accumulé des notes. A partir de là j'ai écrit 200 pages d'autres notes sur l'intrigue, les personnages, l'époque, puis j'ai fait un plan de 400 pages, un plan extrêmement détaillé. Une fois que j'ai mon plan je sais comment l'histoire va bouger."

Concernant l'attaque de fourgon blindé au début du livre, il a plaisanté : "Je n'ai le droit qu'à une seule attaque de fourgon blindé par ouvrage ! sinon, après, on dilue."

Ellroy a insisté sur sa concentration sur le travail : "Je ne lis pas, je n'ai pas d'ordinateur, pas de téléphone portable, je vis dans un total isolement." Sinon il ne pourrait pas écrire car "le monde qui nous entoure est trop stimulant."

Il a ajouté : "J'ai un don, une vision monomaniaque, ce qui me permet de rester concentré de façon très efficace." Il a aussi confié qu'il ne lisait pas de fiction : "Je ne plaisantais pas quand je disais que je ne tiens pas compte du monde. Je suis comme un chien attaché à son bureau." Et aussi : "Je n'écris pas la nuit, j'écris le jour. Je me lève, je prends deux cafés très forts et j'écris à la main sur un bloc-notes, puis une secrétaire (toujours la même depuis 27 ans) tape à la machine."

Répondant à une question sur l'inspiration, James Ellroy a encore dit : "Je dois remercier l'histoire américaine et l'histoire de Los Angeles qui ont été très généreuses avec moi. Dieu m'a confié une mission : réécrire l'histoire américaine et l'histoire de Los Angeles à ma manière."

Le podcast de la rencontre, ainsi qu'une vidéo, sont en ligne sur le site de Mollat.