Arrivée inattendue d'un petit objet puissant : La montée des Couardes de Claude Chambard (Ed. Contre-Pied, 25 p., 4 €).

Claude Chambard a déjà publié une dizaines de livres, dont en 2002 et 2004 les superbes La vie de famille et Ce qui arrive (Ed. Le Bleu du ciel). La montée des Couardes est un extrait de la suite de ces livres dont l'ensemble s'intitule Un nécessaire malentendu.

Ce livre est un monologue autour de l'enfance et la jeunesse, mais concentré dans un souffle, une langue rapide, cumulative, une phrase dans laquelle les "et" ont cédé leur place aux "&" anciens, empreinte de Chambard devenue familière pour ses lecteurs. Large vision, amplitude de la pensée, profondeur, précision, multitude de scènes hallucinées et rémanentes pour le lecteur. On comprend pourquoi Mondrian a choisi de s'inviter dans ce livre (mais si).

Extraits :

"Je suis un grand malade, un interprète perplexe, un faisceau d'ignorance qui n'exige rien, ou plutôt si, tout de même, un espace sur terre où marcher sans boussole, marcher comme si j'étais une tribu de quatre ou cinq mille hommes, sans autorité, sans guerre, une tribu raffinée où je pourrais vivre à mon aise." (...)

"À six ans, j'arrête de rire, je baisse ma tête, je regarde le mur indifférent, je supplie Grandpère, je mords la poussière, je ne me mélange pas, je ne m'habitue pas, pour toujours." (...)

"Si mon écorce est attaquée, si elle est polluée de gale, si j'échoue, quelle pauvreté, mais aussi pauvre que l'on me jette, je gagnerai oui, tellement oui le souffle, le souffle & si en effet, j'échoue, je ne serais pas le plus mauvais, ni le plus doux."