Retour pour quelques heures en Gironde pour Marie Ndiaye, venue à la librairie Mollat présenter son dernier roman et Prix Goncourt 2009, Trois femmes puissantes (Ed. Gallimard).

Énorme affluence, des dizaines de lecteurs sont restés en bas dans la rue, et lorsque Marie Ndiaye monte sur l'estrade pour s'asseoir devant le micro, la salle applaudit spontanément, cela faisait longtemps que je n'avais pas vu ça chez Mollat, hommage bordelais à cette grande lauréate du Goncourt, dans la lignée des Proust, Gracq, Modiano, Duras, ou Echenoz.

Étonnante retenue, discrétion, timidité jusqu'au retrait, de Marie Ndiaye, ne sachant pas quoi dire de ses livres, essayant de répondre aux questions érudites, précises, très pertinentes de Dominique Rabaté (auteur d'une étude sur elle aux Éditions Textuel). Elle semble signifier en permanence : j'ai tout dit dans mes livres, regardez ma prose, écoutez-la. Et précisément l'entretien ne démarre vraiment que quand elle est interrogée sur son style, son outil, cette voix supérieure qui est la sienne depuis son premier livre, sa "phrase". J'ai noté ce qu'elle a dit à ce moment-là : "On est censé comme écrivains être les meilleurs connaisseurs de ce qu'on a fait, ce qui n'est pas le cas : on n'est pas soi-même son exégète, son commentateur, on n'a pas réfléchi sur la lecture qu'on a fait de son propre livre."

Parlant de sa phrase, l'auteur d'Autoportrait en vert dit encore : "J'accepte maintenant une certaine simplification de la phrase sans avoir peur qu'elle en soit plus pauvre, ou moins subtile, ou moins belle. Plus jeune, il me semblait que la complexité et le rythme d'une phrase tenait à sa longueur et à sa difficulté syntaxique, maintenant ce n'est plus le cas, j'accepte de travailler sur une matière syntaxique plus pauvre en essayant d'en extraire tout ce que je peux."

Marie Ndiaye a terminé en disant qu'elle n'avait pas encore de nouveau roman en cours mais qu'elle était en train de travailler sur une pièce de théâtre, qu'elle alternait les deux, roman, théâtre, pour respirer.

L'intégralité de la rencontre est disponible en podcast sur le site de Mollat.

 

À noter que Marie Ndiaye ne s'est pas exprimée ce soir sur l'attaque affligeante, absurde et malsaine, lancée contre elle par un parlementaire de droite (auquel elle avait d'ailleurs déjà répondu en maintenant sa condamnation de la politique sarkozyste).