Passage à Bordeaux de Yannick Haenel, venu présenter à la librairie Mollat son nouveau livre, Jan Karski (Ed. Gallimard).

En introduction, Jean Laurenti lui a demandé de parler de la revue Ligne de risque qu'il a fondée avec François Meyronnis : "On a fait cette revue parce qu'on n'est pas loin de penser qu'il y a peut-être plus de littérature dans les grands textes spirituels, comme ceux de la Gnose, que dans tous les romans qui se publient depuis une vingtaine d'années."

Haenel place tout son travail sous le signe de sa propre libération, expliquant : "Dans quelle mesure est-ce que la langue nous libère ? Et est-ce que quelque chose est plus fort que le mal ?"

Il raconte comment l'idée de ce livre lui est venue en 2005 alors qu'il sillonnait les pays de l'Est et terminait l'écriture de son roman Cercle : "J'étais à Varsovie, je m'interrogeais sur le Ghetto, je voulais voir les lieux de la disparition, les rues où le Ghetto de Varsovie avait existé et j'ai alors fait l'expérience de la disparition de la disparition [sic]" (...) Il avait vu le témoignage de Jan Karski dans le film Shoah quelques années avant et précise : "Je voulais faire quelque chose pour Karski."

Parmi les propos d'Haenel, j'ai aussi noté ceci : "Il fallait que j'invente un écrin qui soit de l'ordre de la transmission" (...) "Je voulais sonder le mystère de ce qu'il y a dans un nom, c'est pour cela que j'ai appelé ce livre Jan Karski. Je voulais que des gens entrent dans une librairie et disent : 'Je voudrais Jan Karski'."

Comparant ce roman à ses précédents textes, il explique : "Dans ce livre, je me suis beaucoup dessaisi de moi-même, j'ai arrêté de raconter mes petites histoires."

Revenant sur les attaques de certains qui lui reprochaient de ne pas être historien, Haenel a ces mots : "La fiction est un des régimes possibles d'une certaine vérité. Ce n'est pas parce que c'est un roman que c'est faux."

(Le podcast de la rencontre est à écouter sur le site de Mollat)