Venue d'Alberto Manguel à la bibliothèque du Grand Parc de Bordeaux, dans une salle archi-comble.

Stimulante dérive autour du thème de la bibliothèque, avec notamment la comparaison entre la bibliothèque privée et la bibliothèque publique, Manguel expliquant comment dans les deux cas on en revient toujours à la "relation entre espace et volonté d'accumulation" (le lecteur ou le bibliothécaire doit toujours faire un choix).

Concernant sa bibliothèque privée (qui contient 40.000 volumes, soit l'équivalent de cette bibliothèque municipale du Grand Parc), Alberto Manguel confesse qu'il n'y pratique pas le "désherbage" : "Dès qu'un livre entre dans ma bibliothèque, il n'en sort plus."

À propos de la technologie électronique et des livres numériques, l'auteur d'Une histoire de la lecture (Ed. Actes Sud) remarque : "Ces textes numériques n'ont pas de passé, ils sont figés dans le présent et ils ne laissent pas de traces. Ici, dans cette ville, vous avez la chance d'abriter l'exemplaire unique des Essais que Montaigne a annoté jusqu'à la fin de sa vie. Dans le chapitre "De l'Amitié", Montaigne disait qu'il ne savait pas pourquoi lui et La Boétie étaient amis. Puis, en relisant le livre imprimé, il a écrit en marge la réponse : "Parce que c'était lui", et quelques années plus tard, relisant à nouveau le passage il a ajouté, avec une autre plume : "(...), parce que c'était moi." Alberto Manguel remarque aussi que la possibilité même de publication des Correspondances entre écrivains va disparaître car tout se passe dorénavant par mails et qu'on n'imprime pas les mails qu'on reçoit.

J'ai aussi noté, ceci, très juste, concernant la cécité partielle de l'auteur sur ce qu'il écrit : "L'écrivain n'est qu'un intermédiaire qui comprend très peu de ce qu'il fait. Shakespeare ou Goethe ne comprenaient que ce que chacun, en tant que lecteur, pouvait lire."

 

NB : Paraît la semaine prochaine un livre d'entretiens entre Alberto Manguel et son éditeur de L'Escampette, Claude Rouquet : Ça & 25 centimes, Ed. L'Escampette.