Retour momentané à Bordeaux d'un ancien habitant de la ville, Laurent Mauvignier, venu présenter chez Mollat son nouveau livre, Des hommes (Ed. de Minuit).

La discussion, avec Jean Laurenti dans le rôle du modérateur, a porté sur les rapports entre le collectif et l'intime. Grande sincérité de Mauvignier qui a détaillé son travail de documentation, puis ses tâtonnements dans la construction de ce livre, et ses hésitations sur un sujet historique très sensible, la guerre d'Algérie. Il a confessé qu'il écrivait chez lui avec des boules Quiès, dans son coin, enfermé dans une pièce. Il a aussi refusé à un moment de lire un passage trop dur du livre, expliquant : "Ce qui est possible pour une lecture intime (scènes de guerre, ou d'amour) devient obscène pour une lecture en public. Donc cette scène, je préfère ne pas la lire ici ce soir".

Noté également, parmi ses propos : "Je pense le rapport au collectif ou à l'Histoire comme une histoire humaine individualisée" (...) "Chaque fois, j'ai envie de faire un livre que je ne savais pas faire" (...) "Ca faisait des années que je voulais écrire sur les appelés de la guerre d'Algérie, mon oncle, mon père, les gens que j'ai vus, l'onde de choc que j'ai pressentie quand j'étais enfant" (...) "Pourquoi des gens de 60-65 ans sont comme ils sont aujourd'hui, pourquoi il y a quelque chose qui ne se dit pas. Ce que je voulais donner à entendre, c'est comment des gens ont été cassés" (...) "Le sujet de la guerre d'Algérie est sensible, mais moi mon angle d'attaque, c'était les appelés. Mon problème, c'était de restituer une violence, une peur".

(Le podcast de la rencontre est à écouter sur le site de Mollat)