Passage de Pierre Michon à la librairie Mollat pour présenter son dernier livre, Les Onze (Ed. Verdier).

Michon est sans conteste un des écrivains vivants que j'admire le plus avec Angot, Echenoz, Modiano, Sollers. C'était la première fois que je le croisais : un homme de bonne taille, vif, sec, presqu'athlétique, qui debout m'a fait penser à un bambou. Devant une salle pleine, longue discussion inspirée et en forme de dérive autour des questions de Dominique Rabaté (Université de Bordeaux 3).

J'ai noté quelques phrases : "Je me suis dit : le titre sera un chiffre." (...) "La peinture qui représente des politiques doit avoir ce double aspect : on doit voir à la fois un diable et un bon législateur. On appelait ainsi Boniface VIII : Saint-Satan." (...) "Toutes les histoires que j'écris veulent tendre à un effet de légende en partant d'un effet de légende déjà là." (...) "Politiquement je suis incapable de savoir ce que je pense des hommes de la Terreur. Je crois que je les aime. Mais j'aime aussi Chateaubriand ou Joseph de Maistre".

Moment très intéressant aussi quand Pierre Michon explique que ses livres sont courts car arrive toujours un moment où le tempo n'est plus là et où on doit arrêter le récit (il avoue avoir coupé la fin de La Grande Beune) : "Je ne veux pas que mon texte m'échappe. Chaque texte a un tempo et le perdre est très facile, si je perds ce tempo, j'arrête". Il confie en riant que Le Roi du bois devait faire à peu près 15 pages mais que l'éditeur a joué avec la typographie pour que ça fasse 50 pages.

Et aussi : "Je voudrais que le texte soit sur le vif d'une rythmique qui vous passe par le corps pendant que vous faites ce texte".

Finalement, Michon conclut, après une évocation de la rapidité de Stendhal : "Mon idéal serait cet oxymore : faire du Flaubert rapide". Amen.

Le podcast de l'intégralité de la rencontre est disponible sur le site de Mollat.