Dans l'atelier (à propos de Cambouis)
Par MP le vendredi 13 mars 2009, 13:30 - livres - Lien permanent
Tous les écrivains tiennent des carnets de travail, mais les lecteurs y ont rarement accès, surtout pour les contemporains.

Avec Cambouis (Seuil, 218 pages, 16 €), qui regroupe des extraits de ses carnets, le poète Antoine Emaz nous fait entrer dans son atelier.
Grande modestie, doute, retour permanent sur soi, prise de distance sur le texte écrit, ce volume est intéressant de bout en bout. Emaz se voit comme un artisan, au sens le plus noble du terme. Il dit : "Travailler comme un maçon", et plus loin : "Abattre du boulot. Un bûcheron payé à la tâche". Lorsqu'il a fini d'écrire, il fait la cuisine et la commente : soupe, salade, haricots.
Il est souvent d'une extrême humilité frôlant parfois le renoncement : "Il n'y a que rarement de quoi être fier." Pourtant, dans une phrase qui donne son titre au livre, Emaz écrit : "Et en bout de course, si j'ai mis un peu de cambouis en poésie, ce n'est peut-être pas un apport dérisoire..."
NB : Ce livre, Cambouis, est le 12e de la collection Déplacements dirigée par François Bon au Seuil, et aussi hélas le dernier, la collection s'arrêtant (séparation "à l'amiable" entre l'éditeur et le directeur de collection, dixit François). Ca aura été une étonnante aventure, dont personnellement je retiendrai particulièrement, dans deux styles totalement différents, les livres superbes de Lise Benincà et de Michèle Dujardin.




Commentaires
"Ne pas accepter, à l'usure, ce qui demeure inacceptable. Ne pas s'y faire, ne pas s'habituer, ne pas baisser les bras, même perdant. Obstinément tenir."
C'était dans Lichen, lichen.
Oh oui, le livre de Lise Beninca (pas lu celui de Michèle Dujardin), celui de Cécile Portier, et celui de Pascale Petit ! (et d'autres encore sûrement)
Et que ça s'arrête déjà : hélas ; bien d'accord.
Et moi j'ai aussi beaucoup aimé celui de Florence Pazzottu, La tête de l'homme.
Merci pour votre belle manière de dormir