Comme je l'expliquais l'autre jour, la couverture de mon prochain livre est illustrée avec mon visage.

Je pensais y échapper mais il y a un mois chez l'éditeur on m'a rappelé le principe : "les couvertures de la collection dans laquelle paraîtra votre ouvrage sont illustrées avec l'image de l'alter ego dont il est question dans le roman. En l'occurrence vous." Le premier volume de la collection, Avenue de la mer, une évocation de Marguerite Duras par Michèle Sales, montre effectivement en couverture le visage de l'auteur du Barrage contre le Pacifique.

Dans la collection Alter & Ego, l'auteur parle du grand Autre qu'il connaît depuis longtemps et qui le fascine, par exemple un artiste, un personnage historique, un super-héros, etc. J'ai toujours eu l'impression d'être moi-même un Autre, j'ai donc écrit sur le sentiment de non-appartenance qui s'attache aux souvenirs, j'ai raconté comment mon passé me paraissait appartenir à un autre, et que j'étais redevable à cet autre de la surprise qu'il me procurait.

Hier, In8 m'a envoyé la couverture du livre et c'est quand même un choc. Ca fait très bizarre de se voir ainsi soi-même en couverture, sur le recto du livre. Je sens qu'on va encore me traiter d'autocentré. Du coup, j'ai cherché les auteurs contemporains ayant leur portrait en couverture d'un ouvrage de fiction et je n'en ai pas trouvé tellement (essentiellement Christine Angot et Amélie Nothomb). Peut-être est-ce parce que se regarder soi n'est pas un exercice facile, qu'il faut apprendre à le faire, et même avoir le courage de se regarder les yeux dans les yeux. On devrait ajouter au petit questionnaire qui plaisait tellement à Proust cette question : "Que ressentez-vous lorsque vous vous regardez dans le miroir ?". Moi, je connais ma réponse.