Voilà un gros volume de 260 pages qui paradoxalement nous semble trop court : Federman hors limites (Ed. Argol, 26 €), le livre d'entretien entre Raymond Federman et Marie Delvigne*.

Raymond Federman est un écrivain incontournable, notamment pour toute la série des "surfictions" (c'est-à-dire le dépassement de la simple autofiction) publiées en France au début des années 2000 par les Editions Al Dante (par exemple dans Retour au fumier ou A qui de droit).

La vie et les livres de Federman sont difficiles à regrouper dans un seul volume mais c'est déjà là un bel objet, entre l'entretien et la biographie racontée par son sujet (l'autobiographie parlée). L'ouvrage contient de nombreux extraits de textes (publiés et inédits) et des centaines de photographies d'archive inédites extraites de la collection personnelle de l'auteur. En tout, 13 chapitres pour se raconter, avec une mention spéciale pour le chapitre "Federman is a champion" dans lequel l'écrivain franco-américain (ou américano-français) parle de sa pratique du sport. Federman hors limites, sorte de portrait de l'auteur en champion...

Extraits :

"J'étais tellement fort au ping-pong que personne ne voulait jouer avec moi, alors je jouais tout seul des deux côtés en même temps."(...)

"La plupart des acteurs ne savent pas bien mourir au cinéma. Ca, c'est vrai aussi des chanteurs d'opéra. C'est incroyable comment ils meurent mal sur la scène, sauf peut-être Tosca quand elle saute dans le vide de la tour. Les acteurs et les chanteurs d'opéra, ils savent bien mourir seulement quand ils se droguent dans leurs riches pénates à Hollywood, et aussi quand ils se suicident. Mais dans les films la plupart des acteurs ne savent pas mourir. L'acteur qui savait vachement bien mourir, c'était Marlon Brando." (...)

"Je me demande quel genre d'écrivain je serais devenu si je n'avais pas écrit ma thèse de doctorat sur Beckett, mais plutôt sur Zola ou Balzac, comme mes professeurs insistaient pour que je le fasse." (...)

"J'écris pour être libre. Etre libéré de tout ce qui me fait moins que je ne suis, moins que je ne veux être. J'écris pour démolir toutes les règles qui disent comment il faut écrire. Il est vrai que je semble toujours raconter la même histoire, mais il faut faire attention aux petites variations, aux subtiles contradictions, aux petits mensonges qui s'accumulent pour dire la grande vérité. Mais il faut faire très attention à ce qui se cache derrière mes mots, et aussi, il faut écouter le silence entre mes mots. Finalement, j'écris pour retarder ma mort."

* Marie Delvigne a publié entre autres livres, un roman : Rouge (Ed. Le Bord de l'eau) remarqué à sa sortie par Chloé Delaume.