Nous avons tendance à ne plus prêter attention à ce que fait ce gouvernement, parce qu'on pense qu'il choisira toujours le pire ou qu'on pense que le président actuel n'a pas toute sa tête; c'est un tort. 


Entre cinquante règlements en préparation, le gouvernement s'apprête à soumettre au parlement un projet de loi contre le "piratage" (comme ils disent) intitulé "Création et Internet". Voir la présentation par le gouvernement et des raisons de refuser ce texte.

Rejoignant notamment Chloé Delaume, Christophe Fiat, et Pierre Ménard, qui font partie des premiers signataires, je signe la pétition "Téléchargez-moi" dénonçant ce projet de loi. La parenthèse de deux siècles qui a vu le droit d'auteur détourné dans le but exclusif de vendre les oeuvres et en limiter de facto la diffusion, est en train de se refermer. Le droit d'auteur durera encore dans sa composante droit de paternité (droit moral), mais c'est à peu près tout. Les Creative Commons deviennent majoritaires et remplacent le droit d'auteur ancien modèle. Les musiques, ou les films, flottent dorénavant librement sur Internet, ils sont un torrent libre ("BitTorrent" est le nom du système le plus efficace pour les retrouver). 

Personne ne devrait avoir à payer pour lire Marguerite Duras ou Franz Kafka (voir à ce sujet les remarques de François Bon sur l'impossiblité de donner à lire librement les chefs-d'oeuvres du XXe siècle). Les écrivains vivent de plus en plus avec d'autres revenus que leurs droits d'auteurs stricto sensu : les résidences, les ateliers d'écriture, les commandes publiques ou privées. Mais qu'on ne nous empêche pas de faire circuler les oeuvres, nos oeuvres, librement sur Internet. Oui, "téléchargez-moi", je suis librement lisible, pour les travaux en cours ou pour ceux parus en revues.

Texte de la pétition :

Le projet de loi «Création et Internet» nous préoccupe. Il est en total décalage avec notre réalité, bien loin de la «Création» et encore plus de cet «Internet» dont il prétend réguler les pratiques. Cela dit, il semble très naturel qu'une communauté de cinéastes «défendent cette loi sans réserve» et se fendent d'une tribune intitulée «Culture ne rime pas avec gratuité» [...]. Comme il semble naturel que l'enjeu industriel soit au cœur de cette loi. Sauf que. Depuis les débuts du World Wide Web, nous nous sommes pris au jeu de cette mutation et existons 1.0, 2.0, et demain 3.0. Nous sommes les créateurs de demain, sans prétention aucune. Très sérieusement et depuis longtemps, nous nous posons la question du droit d'auteur, celle de la diffusion des œuvres sur les réseaux et de leur réception. Tout comme nous nous posons la question de l'économie de la création, sur l'Internet et ailleurs. Ce projet de loi est contraire à nos pratiques, tout comme il est extrêmement méprisant des usages et totalement ignorant d'un monde simplement contemporain. -Nous souhaitons qu'un projet de loi intitulé «Création et Internet» prenne en compte nos processus de création. C'est un droit. -Nous désirons partager et être téléchargés, sans filtrage aucun. C'est une nécessité. -Nous espérons que le principe démocratique selon lequel l'œuvre existe ou n'existe pas au travers du regard de l'autre s'applique à cette multiplicité que d'autres nomment «piratage». C'est une revendication. L'auteur, le créateur, le spectateur, a muté. L'œuvre est regardée, écoutée, partagée, comme jamais auparavant. Et c'est pourquoi créateurs et regardeurs ne peuvent être filtrés par une loi obsolète et crétine. Une loi qui asphyxie la «Création» et «l'Internet».