Je suis actuellement plongé dans la lecture du gros livre de Philippe De Jonckheere, Désordre, un journal (Publie.net, 424 p., PDF, 5,50 €). Les journaux ne me passionnent pas toujours, mais celui-là est différent.

Philippe De Jonckheere tient le journal d’une vie qui semble se déliter en permanence malgré l’amour qui l’entoure. Il brosse le portrait d’un homme à la fois étonné et épuisé par sa vie de famille. L’auteur se présente lui-même, avec une voix particulière, mi-neutre, mi-désespérée : "Alors voilà ma biographie. Philippe De Jonckheere. Né le 28 décembre 1964 à Paris, le jour de la 1964ème commémoration du massacre des innocents. (...) En 1993, à la suite d’un deuil, je commence à écrire, force est de constater que je ne sais pas écrire, mais je m’obstine, comme en toutes choses. (...)  En 1998, retour en France, je vis désormais dans une famille avec ma compagne et ses deux enfants. Nous allons avoir trois autres enfants. Je ne fais plus de photographie, presque plus, je continue d’essayer d’écrire, je fais des petits progrès. Nous habitons à la campagne."

Un auteur de journal est censé additionner les jours mais ici il les mélange comme un peintre mélange ses couleurs et au final De Jonckheere (qui dans son autre métier est un informaticien) créé des couleurs jusqu’ici inédites. C'est un journal avec un niveau de discours intime vraiment particulier au milieu des autres journaux.

A propos de son fils Nathan, il écrit : "Ce profond sentiment de détresse quand je suis monté et que j’ai pu voir que Nathan ne dormait toujours pas, qu’il était très agité, qu’il combattait je ne sais quelle chimère toute droit venue de son imagination trop prolixe, qu’il avait dépiauté entièrement un livre et que son lit était jonché de confettis, de papier peint arraché, que c’est précisément ce genre de comportements qui me découragent le plus, à la fois le fait que tout finisse par s’abîmer entre ses mains, mais aussi que ces comportement exhaustifs traduisent bien le malaise profond de cet enfant."

A la fin de ce volume, Philippe De Jonckheere confie son angoisse devant l’emprise que la littérature va avoir – a déjà – sur lui, et qu’il découvre en préparant le livre, et il remarque : "Après un an de bloc-notes, j’avais essayé le fichier global, j’avais tout recollé bout à bout, et l’imprimante m’en avait recraché 500 pages aux lignes serrées. J’avais pris peur."