Parfois, des amis me demandent pourquoi j'écris chaque mois la chronique d'une nouveauté chez les auteurs classiques, malgré le prix que ça me coûte en achats de livres (pour en choisir un, il faut en lire plusieurs), la difficulté à trouver ces rééditions et nouvelles éditions de textes d'auteurs classiques (de plus en plus rares) *, le temps que ça me prend pour lire puis écrire, en cumulant les retards mois après mois (je termine actuellement celle de février, alors que nous sommes en avril demain).


Je fais ça pour passer un texte souvent connu et que souvent je n'avais jamais lu, au filtre de ma vie quotidienne. Ces chroniques sont un journal littéraire : je me projette dans ma lecture. Je lis ce qui a été déjà lu des centaines de milliers de fois par des centaines de milliers de lecteurs et je tente d'y retrouver des traces de ma vie. Je fais comme si Voltaire, Flaubert, Saint-Simon, Michelet, Montaigne, avaient écrit pour le lecteur bizarre que je suis. Je me regarde dans le miroir des classiques. D'ailleurs, c'est une lecture subjectiviste au possible et je déconseille aux internautes de se servir de ces chroniques comme d'un corpus de référence (mieux vaut aller sur Wikipédia).

Le résultat est irrégulier, certains mois c'est presque n'importe quoi, ça a du mal à embrayer, ça se répète. D'autres mois, je fais une trouvaille tordue, je prends le texte par un biais inattendu, j'ai une fulgurance théorique, une étincelle créée par le silex de ce vieux texte.

Quoi qu'il en soit, et c'est là que je voulais en venir, l'important c'est de lire les auteurs du passé, puis de s'examiner au cours de cette lecture, et enfin d'écrire ce qu'on a vu et ressenti. Les éditeurs qui ont encore le courage de publier ce genre de textes (coup de chapeau en passant à Folio-classiques, GF-Flammarion, ou le Livre de Poche) créent une actualité qu'il faut commenter, objectivement comme un journaliste, mais aussi subjectivement comme un écrivain. L'éditeur procède à une émission, moi je transcris ma réception.

Et pour la question subsidiaire : pourquoi trouve-t-on dans mes chroniques des livres d'auteurs contemporains perdus au milieu des auteurs classiques, la réponse est : ce sont les exceptions qui confirment la règle, et aussi : je les vois comme des futurs classiques.

(*) Ceci est un appel : si vous êtes éditeur et que vous publiez un texte d'un auteur classique (jusqu'au XIXe siècle inclus), je suis intéressé par l'envoi d'un service de presse (éventuellement sous forme de fichier PDF).