A lire sur le site des Editions de l'Atelier In8, L'artiste au centre, une longue tribune de Claude Chambard (auteur notamment de La vie de famille (Ed. Bleu du ciel) et La dormition (Ed. Atelier In8), et également chargé de la vie littéraire à l'ARPEL).

C'est une excellente synthèse de la situation actuelle, qui personnellement me conforte dans l'idée qu'une politique d'aide à la littérature doit d'abord aider l'écrivain, avant l'éditeur, avant le libraire, avant la bibliothèque, puisque sans l'écrivain rien de nouveau ne se créé. Bref, l'écrivain est le puits de pétrole, et pourtant il reste le plus pauvre de tous les acteurs culturels.

Extrait de la tribune de Claude Chambard :

"La moyenne hebdomadaire de travail d’un écrivain à plein temps est de 21 h d’écriture + 14 h de lecture.
La moyenne hebdomadaire de travail d’un écrivain qui fait un travail en plus est de 14h d’écriture + 14h de lecture + 35 h (et +) de travail en plus (travailler plus pour ne pas gagner plus… Je rassure, les maigres droits d’auteur (lorsque qu’il y en a) passent en papier, imprimante, encre, stylos, envois postaux, ordinateur…).
(...)
L’écrivain n’a pas de statut. Il n’est intermittent de rien du tout. Un écrivain l’est 24h sur 24. C’est comme ça. Et il est bien mal rémunéré pour ce faire. 65% des écrivains contemporains vivent avec l’équivalent du RMI alors que dans le même temps la facilité – proximité, politiques publiques se passant les patates chaudes, réflexions sur la création réduites au degré zéro – le moindre comédien qui lit des textes (en général sans autorisation et sans reverser le moindre droit d’auteur alors que c’est la loi) se fait payer sur le dos du créateur. Que l’on commence donc par demander aux auteurs contemporains de venir lire leur travail, en parler, plutôt que d’embaucher des acteurs en mal de contrat.
Les opérateurs culturels (quelle vilaine expression) sont sans nul doute nécessaires ; en tous cas la politique culturelle, depuis Jack Lang, les a mis en place. Il serait louable qu’ils continuent d’avancer des propositions de développement culturel multimédia, sans devenir des tourneurs d’écrivains et autres artistes, ce qui est bien souvent le cas.
On en arrive à la situation paradoxale dans laquelle les artistes crèvent de faim alors que les intermédiaires entre eux et les publics, à défaut de vivre bien, s’en sortent souvent mieux qu’eux."