Nous menons une vie de fous, de la naissance à la mort, c'est juste une transhumance, comme un troupeau guidé par de très inquiétants bergers.

Chloé Delaume, qui voit tout, a observé le manège. Dans Transhumances (è®e éditions, 13 €), elle nous montre quatre personnages en pleine action, deux hommes et deux femmes. Ils errent dans une sorte de forêt. Autant vous le dire tout de suite : ils sont probablement échappés de l'asile. Et ils sont épiés, surveillés même. Le personnage de Tahar, tout seul dans sa cabane, qui intrigue et agace au début, devient vite, non pas attachant (faut pas pousser), mais au moins fascinant, hypnotique : "J'avais juste moi. C'est-à-dire un grand corps avec nous tous dedans". Léonore est délicieuse, Gilles comique jusqu'à la fin, Françoise impeccable, Charles courageux.

D'habitude je déteste le théâtre, mais là j'ai vraiment aimé ce livre. Je l'ai déjà offert deux fois, et je pense que je vais continuer.

Extrait :

"Léonore

J'ai jamais vu un truc pareil. Pourtant les murs, j'ai l'habitude. Mais ils étaient très différents.

Charles

Je me demande ce qu'il y a derrière.

Léonore

Celui-là il fait un peu peur. Je ne le sens pas du tout, ce mur.

Françoise

Ca sonne comment ?

Léonore

Bah j'en sais rien.
(Elle tente de grands coups contre la paroi.)
C'est tellement épais que c'est difficile de jauger si c'est creux ou plein.
(Elle recommence)
En tout cas, à force, ça m'a fait saigner."