Condamnation d'Amazon France et avenir des librairies physiques
Par MP le mardi 11 décembre 2007, 18:36 - librairies - Lien permanent
Le
blog de Lekti nous apprend qu'Amazon France a été condamné sur les frais de
port gratuit. La célèbre librairie en ligne ne pourra plus envoyer des livres
sans faire payer à l'acheteur les frais de port.
On connaît le "problème" Amazon : ce site web de vente en ligne accélère les
difficultés économiques des librairies physiques, or ces librairies physiques
sont indispensables aux lecteurs, qui en sont tous conscients (ils savent qu'il
n'y a que là qu'ils peuvent feuilleter des livres différents). Mais dans
l'absolu, si Amazon est condamné parce qu'il ne facture pas les frais de port
sur les livres, toutes les petites librairies pourraient l'être aussi de la
même manière puisqu'elles paient leurs frais de port mais ne les répercutent
pas (notamment pour les commandes). Ce n'est pas en interdisant à Amazon
d'offrir les frais de port que les librairies résisteront à sa montée en
puissance. La force d'Amazon est ailleurs : ils sont très rapides et ils ont un
fonds énorme.
Rapidité : quand ils ont le livre en stock, ils le fournissent au lecteur en 24
heures (livraison express, certes plus chère) ou en 48 heures (livraison
jusqu'ici gratuite). Actuellement, dans une grande ville comme Bordeaux, et
sauf erreur de ma part, aucune librairie physique ne peut me fournir pour le
lendemain matin un livre qu'ils n'ont pas en magasin (alors que pourtant des
entrepôts de distributeurs se situent en banlieue de Bordeaux).
Fonds : quasiment tous les éditeurs se trouvent référencés sur Amazon, parfois
contre leur gré, car le site aspire les bases de données de livres comme
Dilicom ou Electre, et alors même que certains petits éditeurs refusent de
livrer Amazon (par exemple parce qu'ils refusent leur remise). C'est ce large
choix apparent qui fait d'Amazon un point central pour chercher et acheter des
livres. C'est sur ce point que le "rêve" d'un portail SLF regroupant le fonds
en temps réel de toutes les librairies françaises (vous cherchez un livre, on
vous dit chez quel libraire proche de chez vous il se trouve actuellement)
était une bonne idée.
Commentaires
Intéressant de voir que sur le site web du Monde.fr, les réactions des internautes semblent hostiles à cette décision et très (trop ?) favorables à Amazon, ce qui tendrait à montrer qu'ils ne voient plus quelle valeur ajoutée (sélection de titres, conseil) les librairies indépendantes apportent aux lecteurs :
http://www.lemonde.fr/web/article/r...
"si Amazon est condamné parce qu'il ne facture pas les frais de port sur les livres, toutes les petites librairies pourraient l'être aussi de la même manière puisqu'elles paient leurs frais de port mais ne les répercutent pas (notamment pour les commandes)"
Non, car le libraire est tenu de commander les ouvrages demandés par un client, et de pratiquer le prix unique sur son point de vente (cf. loi "Lang").
C'est assez étrange cette condamnation.
Dans la mesure où vraisemblablement Amazon répercute un prix moyen d'expédition sur les livres, en quoi est-ce génant de ne pas le faire apparaître ?
Il apparait plus simple, en tant qu'éditeur, et dans le but de satisfaire le lecteur, de calculer un coût global des expéditions et de le répartir.
C'est juste de la comptabilité, non ?
J'ai oublié de le préciser dans le billet, mais cette condamnation est liée à la législation sur le prix unique du livre : le livre est vendu au même prix partout, la remise maximale autorisée étant de 5%. Dès lors que les frais d'expédition offerts gracieusement sont supérieurs à 5% du prix, la loi n'est pas respectée. Le but de cette loi est d'empêcher les hypermarchés (ou les très grosses librairies comme Amazon) de vendre des livres à prix coûtants et faire par là même une concurrence déloyale aux petites librairies qui défendent les livres rares. Mais je répète : cette loi semble ne plus être comprise par l'opinion (apparemment) qui cherche pour tous ses achats le prix le plus bas.
La relation entre fonds (assortiment, présence et présentation physique du livre) et catalogue (base de données avec disponibilité théorique) est bien intéressante et vous utilisez d'ailleurs improprement le terme "fonds" au lieu de "base de données" parfois il me semble. Du coup, on ne sait plus ce que vous voulez dire par "ils ont un fonds énorme" : un vaste catalogue ou de nombreux titres en entrepôt??
D'autre part le jugement précise bien qu'il s'appuie sur la partie vente à prime (art 6) de la loi. De façon générale, la vente à prime n'est autorisée que quand elle est à l'initiative de l'éditeur et proposée à tous les détaillants. La "concurrence déloyale" ne touche pas seulement les "petits libraires qui défendent les livres rares" mais tout point de vente du livre qui respecte la loi, elle est favorable à ce qu'on pourrait voir comme "l'écosystème" du livre.