Le rectorat de Grenoble veut-il censurer les auteurs enseignants ?
Par MP le mardi 20 novembre 2007, 13:35 - auteurs - Lien permanent
Dénoncée par Emmanuelle Pagano ("Ecrire avec l'autorisation du
recteur"), une circulaire du rectorat de Grenoble datée du 12 novembre 2007
et réglementant le cumul d'activité des enseignants, institue une obligation
d'autorisation préalable pour "la production des oeuvres de l'esprit",
c'est-à-dire notamment l'écriture de romans (l'écriture et non simplement la
publication). Auparavant, ces activités étaient traditionnellement exemptées de
toutes autorisation, ne serait-ce que parce que naturelles aux enseignants,
qu'il s'agisse d'ouvrages scientifiques ou de travaux littéraires. Une raison
plus large était bien évidemment les droits fondamentaux que sont la liberté
d'expression, d'opinion et de pensée.
Excès de zèle du rectorat de Grenoble ? Sans doute, car la modification
législative récente de la loi de 1983, modification sur laquelle s'appuie la
circulaire, semble pourtant claire : "La
production des oeuvres de l’esprit au sens des articles L. 112-1, L. 112-2 et
L. 112-3 du code de la propriété intellectuelle s’exerce librement" (art.25,
III).
En attendant que le rectorat revienne sur sa circulaire ou qu'elle soit déférée
devant le tribunal administratif, les auteurs enseignants résidant dans
l'académie de Grenoble, et ils sont nombreux, et certains sont parmi les plus
brillants écrivains français, devront demander une autorisation préalable
d'écrire. Comme si toute une région, soudain, se transformait en une zone de
non-droits dans laquelle pour tout fonctionnaire de l'Education nationale
l'activité de penser par écrit devait être autorisée préalablement.
Voir aussi les billets de Laure
Limongi, Dominique
Fromentin, François Bon.
MàJ 05/12/2007 : Emmanuelle Pagano signale que "le rectorat reconnaît son erreur" et va modifier sa circulaire.
Commentaires
ça reste quand même hyper grave : c'est quand même une circulaire officielle d'un haut fonctionnaire selon instructions de son ministère, c'est pas de l'amateurisme administratif, et ces gens là c'est pas de "l'excès de zèle", c'est trop facile : s'ils sont incompétents, qu'ils virent - s'ils agissent au nom de la sarkozie la plus arrogante, qu'ils assument...
Dans notre salle des profs (j'ai vérifié ce matin), il y a un papier du rectorat d'Amiens pour le cumul d'activités mais, dans les dérogations, nulle trace des "oeuvres de l'esprit". Je ne sais si je dois trouver cela étrange...
Avez-vous vu si cette circulaire du rectorat d'Amiens est récente, et surtout si les "oeuvres de l'esprit" sont explicitement listées dans les cumuls d'activité nécessitant une autorisation ?
Il me semble qu'elle date du 20 novembre ; mais je vais aux renseignements aujourd'hui.
C'est une circulaire du 15 novembre et elle omet de parler des oeuvres de l'esprit. Est-ce donc implicitement ramené à du cumul ou est-ce un oubli : je me renseigne demain ; je sors de 13 heures de collège, impossible de me retourner. Téléphoner aussi au rectorat.
La circulaire est en PDF ici (rubrique vie professionelle) :
http://www.ac-amiens.fr/navigation....
Merci. Voici le lien direct vers la circulaire :
http://www.ac-amiens.fr/circulaires...
Rien sur les "oeuvres de l'esprit", mais un principe d'interdiction du cumul est posé, suivi d'une liste fermée de dérogations à cette interdiction, liste dans laquelle ne figure pas la production des oeuvres de l'esprit.
Emmanuelle Pagano fait le point ce matin dans un nouveau billet http://lescorpsempeches.net/corps/?... et signale que le SNES (syndicat) a demandé des explications au rectorat http://www.grenoble.snes.edu/spip/s...
Il y a un truc qui m'a toujours paru suspect : pourquoi les "lois", ou plutôt les interprétations de ces lois (via les circulaires), pour des choses importantes liées au droit du travail (car nous ne dépendons pas du code du travail, mais du tribunal administratif) varient d'une académie à l'autre, alors que nous sommes fonctionnaires ?
Comment se fait-il que des fonctionnaires titulaires du même concours national (pour le second degré et pour le moment, le recrutement reste national, encore heureux, mais ça ne va pas durer), ne soient pas logés à la même enseigne concernant des choses aussi importantes ?
Exemple : dans certaines académies (dont Grenoble...) un agent titulaire perd son poste s'il se met en congé parental ou longue maladie, et dans d'autres non...
Je suppose que dans l'idéal c'est un effet de ce qu'on appelle la "déconcentration" (à ne pas confondre avec la "décentralisation") : les décisions ne sont plus concentrées à Paris mais déléguées au niveau régional pour mieux coller aux spécificités locales. Mais de mauvais esprits pourraient aussi penser que cette plus large autonomie laissée aux échelons régionaux sert à éparpiller les protestations donc diviser les syndicats nationaux pour mieux régner...
"le rectorat reconnaît son erreur" : http://lescorpsempeches.net/corps/?...