Il y a quelques mois, j'avais expliqué au détour d'un billet que je ne parvenais pas à lire des textes sur l'écran, que j'avais besoin du papier. Le japonais (d'adoption) Berlol l'avait relevé en notant que je ne parvenais "pas (encore) à lire un livre sur l'écran". Hé bien, ça y est, ça va mieux : à présent, j'arrive à lire davantage sur l'écran.


En l'occurrence, je dois corriger actuellement un manuscrit à toute vitesse, et non seulement le corriger, mais le re-travailler, le découper, l'étoffer, l'amputer. J'ai essayé sur papier, impossible : imprimer, prendre le stylo rouge, lire, annoter, porter ensuite les corrections sur le fichier informatique : beaucoup trop long.


Etant obligé de travailler directement sur le fichier, je lis et je pense la littérature directement sur l'écran.

Je reste un amateur du papier, tant pour l'écriture (stylo-encre et feuilles blanches) que pour la lecture (livres sous la forme traditionnelle du codex), mais quand on est pressé par le temps, la technique nous impose de muter. Puisque je dois fournir très vite un manuscrit dactylographié et publiable, je suis forcé d'apprendre à lire sur écran. L'inaction du corps face à l'écran (pas de livre à tenir, de pages à tourner hormis quelques clics de défilement de temps en temps) que Berlol avait un temps estimée bloquante pour lui, ne me gêne pas : même immobile, je vois et je suis aussitôt dans les phrases. Bref, je crois que je sais maintenant lire sur un écran.


A ce sujet, on peut faire une nouvelle distinction côté éditeurs : les éditeurs "à l'ancienne", qui n'acceptent toujours pas les manuscrits informatiques parce qu'ils ne parviennent pas à les lire à l'écran (je pense à un éditeur de moins de 40 ans, spécialisé en littérature de création, qui me disait récemment que vraiment, non, il n'y arrivait pas), et les éditeurs qui ont un pied dans le futur et refusent catégoriquement d'être envahis par des rames de papier reliées et exigent des fichiers informatiques (cas de François Bon qui demande "le tout électronique" pour sa collection au Seuil). Ici encore, des considérations matérielles mettront tout le monde d'accord :  délai de réception du texte, frais d'envoi, espace de stockage, facilité de copie et diffusion pour lecture; le fichier informatique sera d'ici peu la règle pour tous les envois de manuscrits aux éditeurs, les lecteurs extérieurs et directeurs de collection devront apprendre eux aussi à lire à l'écran.


PS : je parlais bien ici de lecture; s'agissant du contenu du manuscrit lui-même, son écriture a été faite au stylo sur du papier, car lorsque j'écris le premier jet à l'écran, mon écriture en est déformée (sujet d'un autre billet un autre jour).


NB : techniquement parlant, j'utilise le traitement de texte OpenOffice 2.2.