Lecture à l'écran : du mieux
Par MP le vendredi 2 novembre 2007, 10:25 - outils - Lien permanent
Il y a quelques mois, j'avais expliqué au détour d'un billet que je ne parvenais pas à lire des textes sur l'écran, que j'avais besoin du papier. Le japonais (d'adoption) Berlol l'avait relevé en notant que je ne parvenais "pas (encore) à lire un livre sur l'écran". Hé bien, ça y est, ça va mieux : à présent, j'arrive à lire davantage sur l'écran.
En l'occurrence, je dois corriger actuellement un manuscrit à toute vitesse, et
non seulement le corriger, mais le re-travailler, le découper, l'étoffer,
l'amputer. J'ai essayé sur papier, impossible : imprimer, prendre le stylo
rouge, lire, annoter, porter ensuite les corrections sur le fichier
informatique : beaucoup trop long.
Etant obligé de travailler directement sur le fichier, je lis et je pense la
littérature directement sur l'écran.
Je reste un amateur du papier, tant pour l'écriture (stylo-encre et feuilles
blanches) que pour la lecture (livres sous la forme traditionnelle du codex),
mais quand on est pressé par le temps, la technique nous impose de muter.
Puisque je dois fournir très vite un manuscrit dactylographié et publiable, je
suis forcé d'apprendre à lire sur écran. L'inaction du corps face à l'écran
(pas de livre à tenir, de pages à tourner hormis quelques clics de défilement
de temps en temps) que Berlol avait un temps estimée bloquante pour lui, ne me
gêne pas : même immobile, je vois et je suis aussitôt dans les phrases. Bref,
je crois que je sais maintenant lire sur un écran.
A ce sujet, on peut faire une nouvelle distinction côté éditeurs : les éditeurs
"à l'ancienne", qui n'acceptent toujours pas les manuscrits informatiques parce
qu'ils ne parviennent pas à les lire à l'écran (je pense à un éditeur de moins
de 40 ans, spécialisé en littérature de création, qui me disait récemment que
vraiment, non, il n'y arrivait pas), et les éditeurs qui ont un pied dans le
futur et refusent catégoriquement d'être envahis par des rames de papier
reliées et exigent des fichiers informatiques (cas de François Bon qui demande
"le tout
électronique" pour sa collection au Seuil). Ici encore, des considérations
matérielles mettront tout le monde d'accord : délai de réception du
texte, frais d'envoi, espace de stockage, facilité de copie et diffusion pour
lecture; le fichier informatique sera d'ici peu la règle pour tous les envois
de manuscrits aux éditeurs, les lecteurs extérieurs et directeurs de collection
devront apprendre eux aussi à lire à l'écran.
PS : je parlais bien ici de lecture; s'agissant du contenu du
manuscrit lui-même, son écriture a été faite au stylo sur du papier, car
lorsque j'écris le premier jet à l'écran, mon écriture en est déformée (sujet
d'un autre billet un autre jour).
NB : techniquement parlant, j'utilise le traitement de texte OpenOffice
2.2.
Commentaires
Je fais exactement l'inverse, j'écris sur l'ordi et je corrige "à la main" après avoir imprimé, puis je tape mes corrections... sauf quand je n'ai pas mon ordi près de moi, je gribouille sur un carnet mais de moins en moins car j'écris très très mal "à la main", au point qu'en classe, lorsque je veux dicter un cours à mes élèves, le tableau est devenu un écran : j'utilise un vidéoprojecteur et je tape à l'ordi...
OpenOffice ? Je croyais que c’était TeX/LaTeX ?
Car la lecture / écriture sur écran est bien différente encore lorsqu’on passe par un langage à balises, non ?
(pardon pour l’envoi en double si ces commentaires sont modérés, mais il semble que le premier ne soit pas passé…)
TeX, j'utilise quand je dois retravailler un manuscrit sur papier, justement parce qu'on maîtrise pile poil la mise en page, qui plus est très belle, gris du texte, choix des fontes. Mais lire à l'écran un texte dans un langage à balises, c'est quand même difficile. En plus, TeX nécessite d'être converti ensuite en HTML puis en RTF, c'est galère pour fournir un texte rapidement.
L'utilisation d'un langage à balises, surtout TeX qui nécessite une compilation, c'est aussi pour la symbolique, presque par superstition (les écrivains sont de grands malades, je sais) : séparer la forme du fond, contrôler les arcanes. Et je me sens proche aussi du caractère un peu obsessionnel des mathématiciens (à l'origine, le langage informatique TeX a été créé pour eux, pour afficher leurs équations, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/LaTeX ).
le langage à valises, c'est encore mieux
Oubliée la page blanche, l’écran sera gris. Plus de crayon, une souris. Préférence Passé pour de belles lignes, une plume qui glisse sillon d’encre noire. Ecrire pour ce lien si doux, ces arabesques auxquelles on se soumet, langage codé.