Travailler sans s'occuper des autres
Par MP le mardi 9 octobre 2007, 08:42 - auteurs - Lien permanent
Je découvre avec tristesse via le blog de Pierre Assouline, décidément toujours aux aguets, les soucis d'Alina Reyes. Cette dernière accuse un auteur Gallimard de l'avoir plagiée. Quand on connaît le travail de l'auteur en question, l'ampleur de ses recherches poétiques, la rigueur de sa démarche intellectuelle (parfois jusqu'à l'austérité, cf. la revue qu'il a créée avec un collègue), on ne peut pas s'empêcher de s'interroger sur les raisons d'une telle accusation, et même de soupirer. Pourquoi tant de jalousie de la part d'Alina Reyes ?
Alina Reyes traverse peut-être une période difficile, je ne sais pas. Elle a
récemment décidé d'abandonner son nom de plume pour retrouver son nom
d'Etat-civil, Aline Nardone. Elle s'en explique sur
son blog en parlant d'Alina Reyes à la trois personne. Je ne l'ai pas lue
depuis longtemps mais je me souviens d'un écrivain plus que doué; j'essaierai
de lire son dernier livre, et s'il me plaît je le défendrai.
Ma première réaction devant cette affaire c'est donc la tristesse, mais
aussitôt après la solidarité avec la solitude d'Alina Reyes, tout en répétant
que je ne crois ni à son plagiat ni à un complot contre elle et ses livres.
Chez les écrivains, nous en sommes tous là : nous sommes tous des dépressifs.
Ecrire des livres, décider de modifier le monde avec ses mots, ça n'est pas un
boulot de tout repos. La plupart échouent. La majorité souffre. Quelques
miracles arrivent, au hasard des siècles. Le jour où, en tant qu'auteur, vous
réalisez que le Ciel accompagne vos confrères mais vous a négligé, ce doit être
horrible.
Une seule solution : travailler sans s'occuper des autres. Lire essentiellement
les écrivains morts et parmi les vivants ne lire que vos amis (peu à peu, on
découvre qu'on éprouve de l'affection pour certains écrivains vivants, parfois
très talentueux, qu'on a eu la chance de rencontrer). Inutile de se rebeller,
l'Art souffle où il veut. Travaille, travaillons, travaillez, le futur s'écrira
de lui-même.
Commentaires
Ça ne marchera pas, j'en ai bien peur. Si les vivants plagient les morts, ceux qui ne lisent que des vivants continueront de s'imaginer que les vivants se plagient les uns les autres.
Je passe les liens non pas dans le billet en MàJ, mais dans un simple commentaire parce qu'ils ne me semblent rien apporter de nouveau sur l' "affaire" et sont éloignés du sujet du billet (les autres), mais l'auteur accusé de plagiat répond sur le site web de Bibliobs :
http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/...
puis AR répond à son tour à cette réponse :
http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/...
Bonjour, Marc Pautrel. Je vous remercie de votre solidarité, et vous rassure sur mon moral : je ne suis pas le moins du monde déprimée. Et je ne suis absolument pas animée par la jalousie, du temps où j'avais un blog je n'ai cessé de défendre des écrivains tel Houellebecq ou d'autres "à succès", on peut d'ailleurs encore trouver mes articles sur la toile.
Simplement j'ai une certitude, et je sais parfaitement comment les choses se sont passées. J'y reviendrai. En attendant, on peut lire un premier détail de mon affaire ici :
http://stalker.hautetfort.com/archi...
Je vous écris sans voir apparaître mon texte dans la fenêtre, trop courte, pardon si j'ai été longue !
Petite précision : le titre de ce billet était un peu ambigu, mea culpa, d'où possibilité de malendendu par exemple chez Wrath http://wrath.typepad.com/wrath/2007...
Je ne voulais pas dire : travailler "sans jamais lire les autres", mais plutôt : travailler "sans être obsédé par les autres".
Mais Marc, Wrath n'est pas "outillée" pour comprendre certaines subtilités linguistiques...
À propos d'Alina Reyes, je suis assez surprise : les exemples qu'elle donne à nous lecteurs ne nous semblent pas aller dans son sens...
Que Haenel psychanlyse Moby Dick, par exemple : et bien si elle écoutait mon petit Paul, elle crierait à la surenchère, il fait du cachalot des choses incroyables ! Si je le reprends dans un de mes textes, c'est mon fils que j'aurais "pillé", pas Alina Reyes !
Ceci dit, il doit bien y avoir des emprunts, mais jai moi aussi trouvé plein de "choses à moi" dans les textes de certains auteurs parus après les miens, et dont je sais qu'ils m'avaient lus, et bien ? Tout d'abord, je ne donnerai pas les noms, les auteurs en question en ont fait "leurs choses", enfin ça me fait plutôt plaisir et moi aussi j'emprunte, comment faire autrement ?
Dans mon nouveau texte "Les Mains gamines" j'emprunte une scène à J. Bastard (celle de la licorne), et je suis même sûre que je fais des emprunts non conscients.
Par contre, il y a de vrais "plagiats", du copier-coller de plusieurs pages, et là c'est une autre histoire, c'est d'une violence inuouïe, j'ai eu connaissance d'une affaire de plagiat énorme, par un auteur un peu connu (et très frimeur), ayant pillé un poète qui l'est moins, l'affaire s'est réglée hors média, via les éditeurs...