Je découvre avec tristesse via le blog de Pierre Assouline, décidément toujours aux aguets, les soucis d'Alina Reyes. Cette dernière accuse un auteur Gallimard de l'avoir plagiée. Quand on connaît le travail de l'auteur en question, l'ampleur de ses recherches poétiques, la rigueur de sa démarche intellectuelle (parfois jusqu'à l'austérité, cf. la revue qu'il a créée avec un collègue), on ne peut pas s'empêcher de s'interroger sur les raisons d'une telle accusation, et même de soupirer. Pourquoi tant de jalousie de la part d'Alina Reyes ?


Alina Reyes traverse peut-être une période difficile, je ne sais pas. Elle a récemment décidé d'abandonner son nom de plume pour retrouver son nom d'Etat-civil, Aline Nardone. Elle s'en explique sur son blog en parlant d'Alina Reyes à la trois personne. Je ne l'ai pas lue depuis longtemps mais je me souviens d'un écrivain plus que doué; j'essaierai de lire son dernier livre, et s'il me plaît je le défendrai.


Ma première réaction devant cette affaire c'est donc la tristesse, mais aussitôt après la solidarité avec la solitude d'Alina Reyes, tout en répétant que je ne crois ni à son plagiat ni à un complot contre elle et ses livres. Chez les écrivains, nous en sommes tous là : nous sommes tous des dépressifs. Ecrire des livres, décider de modifier le monde avec ses mots, ça n'est pas un boulot de tout repos. La plupart échouent. La majorité souffre. Quelques miracles arrivent, au hasard des siècles. Le jour où, en tant qu'auteur, vous réalisez que le Ciel accompagne vos confrères mais vous a négligé, ce doit être horrible.


Une seule solution : travailler sans s'occuper des autres. Lire essentiellement les écrivains morts et parmi les vivants ne lire que vos amis (peu à peu, on découvre qu'on éprouve de l'affection pour certains écrivains vivants, parfois très talentueux, qu'on a eu la chance de rencontrer). Inutile de se rebeller, l'Art souffle où il veut. Travaille, travaillons, travaillez, le futur s'écrira de lui-même.